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Le Bulletin des Recherches Historiques

Pierre-Georges Roy

 

Pierre-Georges Roy (1870-1953) était un historien et un archiviste québécois. Il fut le premier archiviste du Québec et le créateur des Archives nationales de la Province du Québec.
Il fonde en 1890 sa première revue historique intitulée Le Glaneur. Rapidement, il constate que les documents historiques sont éparpillés à travers l'Europe et les États-Unis. Il interprète sa mission comme étant de réunir et classer les documents historiques pour les historiens du futur.
Il fonde en 1895 son Bulletin des recherches historiques et se met au service des archives canadiennes. Cette revue historique sera publiée jusqu'en 1968 et rassemblera beaucoup de documents. Athanase David le nomme premier archiviste provincial le 1er septembre 1920. Ses rapports de l'archiviste sont devenus une source importante pour tous les historiens du Canada.

 

Articles de cette revue où l'on mentionne le nom d'un Landry.

 

Les notes entre [  ] sont de moi.

 

BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES 1ER VOLUME JANVIER 1895 1ÈRE LIVRAISON

Esclavage

 

 

L'esclavage au Canada. (I, VII, 60.) L'esclavage, dont on ne cite que quelques rares exemples dans la province de Québec, était

fortement établi dans les postes de l'Ouest. La légalité de l'esclavage avait été admise par le gouvernement français en 1731. Les

premiers esclaves furent des Panis, sauvages d'une tribu lointaine de l'Ouest. Des traiteurs de Michilimakinac avaient jusqu'à trois et

quatre de ces esclaves. A Détroit leur nombre était relativement moins grand, cependant le recensement de 1773 constate la présence

de 83 esclaves. Dans l'inventaire des biens de Dequindre, 1768, la valeur d'un Panis de douze ans est portée à 300 livres. En 1793 un

jeune nègre se vendit ?213.

Ces esclaves paraissent avoir été bien traité. L'Eglise exigeait qu'ils fussent baptisés et mariés régulièrement. Claude Landry

vendit Marguerite Siouse à Firmin Landry, à condition qu'il l'épouserait, ce que celui-ci fit le 11 juillet 1771 devant le curé de l'église

Ste- Anne. Cet esclavage ne ressemblait donc guère à celui qui a existé dans d'autres pays.

T. SAINT-PIERRE

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DES RECHERCHES HISTORIQUES 3ÈME VOLUME DÉCEMBRE 1897 12ÈME LIVRAISON

 

Peuple de gentilshommes. (III, X, 365.) - Le 10 février 1841, l'union du Haut et du Bas-Canada était un fait accompli.

Les grandes lignes de la politique impériale concernant le Bas-Canada se dessinaient aux yeux de tous, avec une netteté

alarmante. La langue française était proscrite et l'union forcée de notre province avec celle du Haut-Canada devait, dans l'esprit de

ceux qui l'avaient décrétée, amener l'anéantissement graduel mais infaillible de notre race, son absorption par l'élément britannique.

L'homme propose, mais Dieu dispose.

Nos ancêtres s'étaient mesurés sur les champs de bataille avec les conquérants de l'Amérique et le dernier combat de cette lutte

séculaire avait été une victoire pour les couleurs françaises. Il en fut de même dans l'arène politique. L'Acte d'union amena l'union,

non pas celle qu'on avait rêvée sur les bords brumeux de la Tamise, mais celle qui sauva derechef d'un désastreux naufrage ces

héroïques débris d'une épopée glorieuse. Devant l'imminence du danger nos frères se rallièrent ; en face de la mort politique qui les

attendait ils unirent leurs forces, contractèrent avec les hommes modérés du parti anglais la plus précieuse des alliances, et, un bon

jour, au soleil resplendissant du 24 juin, bannières en tête, étendards déployés, quinze cents hommes d'élite défilèrent deux par deux

dans les rues du vieux Québec tout surpris. En passant devant l'hôtel-de-ville les drapeaux s'inclinèrent, de joyeux vivats retentirent

pendant que les fanfares lançaient dans les airs les joyeuses notes de " Vive la Canadienne"! Debout sur le balcon, deux hommes

saluèrent cette première démonstration de la société Saint-Jean-Baptiste. L'un d'eux était le maire de la cité, feu l'honorable

René-Edouard Caron, l'autre le représentant de l'empire britannique. sir Charles Bagot.

Cliquez sur la photo pour agrandir

Sir Charles Bagot

 

" Sir Charles Bagot, c'est le docteur Robitaille qui parle, en voyant défiler les membres de notre nombreuse société dans les rangs

de laquelle l'oeil le plus scrutateur n'aurait pu distinguer le riche du pauvre, l'homme de profession de l'ouvrier, dit à notre maire :

Mais c'est un peuple de gentilshommes! "

Ce peuple de gentilshommes affirma son existence et reconquit ses droits. Dès le 15 septembre de cette même année 1842, le

ministère Lafontaine-Baldwin était formé et un homme de notre race devenait l'aviseur constitutionnel d'un gouverneur anglais et le

premier ministre d'une colonie britannique.

Quelques mois plus tard la constitution était amendée et la langue française, reprenant ses droits, devenait l'une des langues

officielles du parlement canadien.

Voilà ce qu'a produit l'union de nos compatriotes.

PHILIPPE LANDRY

 

 

 

BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES     VOL. 5 SEPTEMBRE 1899 No. 9

 

QUESTIONS

650. - En 1789, sir Alexander MacKenzie découvrait le fleuve qui porte son nom. Dans la relation de son voyage, Mackenzie

nous donne les noms des braves et fidèles serviteurs à l'énergie desquels il dut d'avoir accompli cette dangereuse exploration. Ce sont

François Barrieau (Bériau ?), Charles Doucette, Joseph Landry, Pierre Delorme et John Steinbuck.

Quatre années plus tard, en 1793, sir Alexander MacKenzie atteignait l'océan Pacifique après avoir, le premier parmi les blancs,

franchi les Montagnes Rocheuses. Parmi les Canadiens qui suivirent MacKenzie dans sa seconde expédition, deux avaient déjà fait le

voyage à la mer du Nord en 1789, c'étaient Charles Doucette et Joseph Landry ; les autres étaient François Beaulieu, François

Comtois, Baptiste Bisson et Jacques Beauchamp.

N'y aurait-il pas moyen de savoir de quelles paroisses du Canada venaient ces voyageurs, les deux surtout qui prirent part aux

deux expéditions ? Les noms de ces héros méritent bien, n'est ce pas, de passer à la postérité.

G.-D.

 

[Voir pages sur les expéditions de ce Joseph Landry]

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BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES VOL. 6 JANVIER 1900 No. 1

 

L'ABBÉ JOSEPH-MATHURIN BOURG

Joseph-Mathurin Bourg naquit à Beaubassin, en Acadie, le, 9 juin 1744. Il était fils de Michel Bourg et d'Anne Hébert. Il avait 11

ans à la déportation des Acadiens, et cet événement mémorable avait laissé dans son esprit une douloureuse impression, qu'il conserva

toute sa vie et qui le forma dès l'enfance aux épreuves et aux luttes qu'il eut à soutenir dans la suite.

Il est probable que ses parents furent déportés en France, car nous le retrouvons quelques années plus tard au séminaire des

Missions Etrangères, à Paris, poursuivant ses études et se préparant aux missions lointaines de l'Acadie, dont le souvenir était si cher

au fils des malheureux exilés.

'Ses études théologiques terminées, il revint à Québec, et après quelques mois passés au séminaire de cette ville, il fut ordonné

par Mgr Hubert, au mois de septembre 1773. Mgr de Québec lui confia immédiatement les missions difficiles de la Baie des Chaleurs,

de la Gaspésie et de toute l'Acadie, privée de secours religieux depuis plusieurs années.

Il arriva à Tracadièche, (aujourd'hui Carleton) dans l'automne 1773, un an après le départ des Pères Etienne et Ambroise,

Recollets de la mission des Micmacs de Sainte-Anne de Ristigouche, et au moment où le P. Bonaventure, autre Recollet, alait quitter

la Baie des Chaleurs et la Gaspésie.

II avait ordre de se fixer à Tracadièche. (Carleton) et de faire de cette place le centre de ses missions. C'était l'endroit le plus

commode et le plus populeux. Il y avait là, en effet, un groupe assez considérable d'Acadiens, que la cruauté des Anglais avait forcés

de quitter leur patrie, pour chercher ailleurs un lieu plus sûr.

La première émigration, partie de Beaubassin en 1755, se composait de sept familles, Ambroise Comeau et François, son fils,

Marie, Benjamin, Jean-Baptiste et Joseph LeBlanc, Charles Dugas et Claude Landry, avec leurs familles. Après avoir erré ça et là,

sans pouvoir se fixer, par la crainte des Anglais, ils gagnèrent la Baie des Chaleurs et vinrent se fixer dans le Barachois de

Tracadièche ; ce barachois est formé par un banc de sable de près de deux milles de long, joignant la terre ferme à l'est à un cap qui

s'avance dans la mer d'un mille, et fermé à l'ouest par un autre banc de sable qui court de la terre ferme nord et sud jusqu'à plus d'un

mille au large, en laissant qu'un goulet étroit et profond pour la décharge de ce vaste étang au reflux de la marée.

Comme ces deux bancs qui se rencontrent, sauf le goulet, presqu'à angle droit, étaient alors épaissement boisés et offraient une

retraite sûre, ces malheureux exilés établirent leur campement sur une petite île boisée qui se trouve au milieu du barachois. Ils y

passèrent l'hiver 1756, vivant de chasse et pêche.

Ils furent bientôt rejoins par d'autres de leurs malheureux compatriotes que la terreur des Anglais jetait sur cette plage.

Ce lieu était appelé Tracadièche par les sauvages, ce qui signifierait, d'après l'interprétation du fameux chef Micmac Sam Souk,

durant plusieurs années interprète des missionnaires de la réserve des sauvages à Ristigouche, endroit où il y a beaucoup de hérons,

oiseaux aquatiques qui y font leur séjour.

M. Bourg fut reçu à Tracadièche (Carleton) avec des transports de joie et une vive allégresse par ces pauvres Acadiens, privés de

secours religieux, au moins régulièrement depuis plusieurs années. Il eut aussi le bonheur d'y rencontrer son frère Charles, et trois

soeurs. Il maria Charles à Théotiste Savoye, Victoire, à Michel Vincent Arseneau; Marie-Lucie à Isaïe Bernard, et Marie-Madeleine

demeura toujours avec lui.

Il y avait alors à Carleton 40 familles acadiennes, formant 200 âmes. La pêche et la chasse faisaient leur principale occupation.

Quelques-uns cependant se livraient au défrichement du sol, et à la culture.

Dès son arrivée à Carleton, M. Bourg s'occupa à se ménager un logement et fit allonger la sacristie de la chapelle, bâtie quelques

années auparavant par le P. de la Brosse, le célèbre missionnaire jésuite.

M. Bourg passa ce premier hiver à Carleton et alla faire une mission à Bonaventure et aux sauvages de Ristigouche, dont il apprit

promptement la langue à fond.

Dès le bon printemps 1774, il partit pour les lointaines missions de l'Acadie, dont il tardait de revoir ces lieux si chers à son coeur

et porter les secours de son ministère à ses malheureux compatriotes.

Accompagné de deux sauvages il pénétra à travers la forêt à la rivière Saint-Jean où il trouva un grand nombre de sauvages qu'il

évangélisa, et à un établissement d'Acadiens, qui s'étaient échappés de la déportation, par un coup d'audace.

? Pendant que les transports cinglaient sur la Baie de Fundy, dit l'abbé Casgrain, un acadien de Port-Royal, du nom de Beaulieu,

ancien navigateur au long cours, ayant demandé au capitaine du navire où il était détenu, avec 224 autres exilés, en quel lieu du

monde il allait les conduire."

Dans la première île déserte que je rencontrerai, repondit-il insolemment. C'est tout ce que méritent des papistes français comme

vous autres.

"Hors de lui même, Beaulieu, qui était d'une force peu ordinaire, lui asséna un coup de poing qui l'étendit sur le pont. Ce fut le

signal pour les autres captifs, qui probablement s'étaient concertés d'avance. Quoique sans armes, ils se précipitèrent sur leurs gardes,

en blessèrent quelques-uns et mirent les autres hors de combat.

"Beaulieu prit le commandement du transport et alla l'échouer dans la rivière Saint-Jean, près de la mission que dirigeaient alors

les Pères Germain et de la Brosse, Jésuites.

Ce fut en cet endroit que M. Bourg fit sa première mission en Acadie, et ses compatriotes le virent avec joie demeurer plusieurs

jours au milieu d'eux où il leur prodigua les secours de la religion dont ils avaient été privés depuis si longtemps.

La vie du missionnaire était alors très pénible et remplie de dangers de tous genres. Il fallait à chaque station, au milieu de chaque

petit groupe, quelques fois sous la cabane du pêcheur, au bord de la mer, ou dans l'intérieur des forêts, dresser un pauvre autel,

consacrer les mariages par les bénédictions de l'Eglise, mariages souvent contractés déjà devant un notable de la place ou le plus âgé

du campement, suppléer les cérémonies du baptême, catéchiser les enfants, donner la première communion, couronncr la mission par

une retraite de deux à trois jours, et confesser tout le monde ; car tous accouraient à la mission, la suivaient religieusement, puis, après

s'être réconciliés avec leur Dieu, s'en retournaicnt plus forts dans les épreuves et consolés.

A la nouvelle de la venue du missionnaire, on s'empressait de se rendre à l'habitation la plus vaste et la plus confortable ; des

familles entières faisaient cinq à six lieues à la ronde et quelquefois plus, par des chemins difficiles, à travers la forêt, ou montés sur

des barques que conduisaient les bras vigoureux des jeunes gens. On campait autour de l'habitation du missionnaire, et l'on y restait

tout le temps de son séjour au milieu d'eux, tant on était heureux de sa présence et avide de la parole de Dieu et des secours de la

religion. On assistait à tous les offices, qui duraient presque des journées entières, avec la piété et le recueillement des premiers

chrétiens, comme aux catacombes de Rome, aux siècles des persécutions.

" Spectacles singulièrement émouvants, s'écrie, M. Rameau, que celui de cette affluence agreste et enthousiaste autour de ce

visiteur étrange, isolé, presque misérable ! Quand il survenait à travers les bois, accompagné d'un ou deux sauvages, sa simplicité, son

dénuement même n'étaient pas sans grandeur. Mais on comprend difficilement comment un homme pouvait suffire à une telle

Bulletin des Recherches Historiques 1895-1968

besogne. Les stations étaient plus fatiguantes encore que les parcours ; il faut réellement que, dans ces réunions où reflétait tant de

puissance morale, les missionnaires aient puisé des joies intérieures et des consolations religieuses qui, seules, pouvaient compenser

les fatigues et l'épuisement du corps. ?

Après plusieurs jours consacrés à la rivière Saint-Jean. M. Bourg poursuivit le cours de ses missions partout où il y avait un

groupe de catholiques ; à Petitcodiac, à Memramcouk, à la Baie Sainte-Marie, nouvellement établis par les proscrits de 1755, rentrés

de nouvcau dans leur chère patrie, et où il demeura plusieurs semaines, ce fut partout avec la même allégresse, le même empressement

auprès du bon missionnaire, qui fit amples moissons et exerça son zèle avec avantage. Il y trouva des adultes de 14 à 16 ans qui

n'avaient pas encore reçu la grâce du baptême.

Puis il se rendit à Halifax, sans doute pour plaider la cause de ses compatriotes, et revint de ces parages en parcourant tous les

postes : Cocagne, la Baie Verte, Miramichi, Miscou et Caraquet eurent sa visite.

A la fin du mois de novembre 1774, il était de retour à Carleton, où il passa l'hiver, pour recommencer au printemps suivant le

cours de ses pénibles missions. Il fit, durant l'hiver, un rapport à l'évêque de Québec du succès de cette première mission, qui avait été

si fructueuse pour le salut des âmes, et si pleine de consolation et de douce joie pour le coeur du missionnaire.

Mgr Hubert en fut si satisfait qu'il conféra à M. Bourg les titres et la juridiction de grand-vicaire pour toute l'Acadie, la Baie des

Chaleurs et la Gaspésie, et combla le jeune et généreux missionaire d'éloges bien mérités d'ailleurs.

Voici comment l'évêque s'exprime, en lui conférant cette nouvelle dignité :

" Le zèle qui vous fit abandonner l'Europe pour vous sacrifier au salut de vos frères, plus chers à votre coeur par les sentiments de

la religion quc par ceux de la nature, ne trouve point d'obstacles insurmontables dès qu'il s'agit de gagner des âmes à Jésus-Christ, la

difficulté des chemins, la mauvaise humeur des peuples que Nous ne vous avons pas laissé ignorer et qui ne vous a pas épouvanté,

l'incertitude du succès, rien de tout cela ne ralentit votre zèle ; à toutes ces représentations que notre affection autant que notre devoir

nous obligeait de vous faire, vous ne Nous avez donné que des réponses dignes d'un ministre de J. C. " Je ne suis venu, avez-vous dit,

que pour les âmes abandonnées de secours," de si beaux sentiments ne pouvaient que Nous plaire infiniment ; ils ont en effet pénétré

jusqu'au plus tendre et au plus intime de notre coeur. Et pour entrer dans toutes vos saintes et pieuses intentions, seconder votre piété

et esprit apostolique, Nous vous avons revêtu et vous revêtons par les présentes de tous nos pouvoirs."

Durant les trois années qui suivirent, M. Bourg visita la Gaspésie toute entière et la Baie des Chaleurs, des deux côtés jusqu'à

Miscou.

En 1778 une mission aussi délicate que dangereuse lui fut confiée par l'Evêque de Québec.

Lorsqu'éclata la guerre américaine, les sauvages excités par des émissaires de la Nouvelle-Angleterre, prirent une attitude si

menaçante, qu'on put craindre un instant à un soulèvement général. Cette révolte dans les circonstances difficiles que traversait la

métropole, eût singulièrement compliqué la situation déjà si difficile par elle-même. Aussi Sir Richard Hughes, alors

lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, écrivit-il à cette époque au gouverneur général, dont la résidence était à Québec, le

priant d'insister auprès de l'Evêque catholique de cette ville, pour qu'un missionnaire se rendit immédiatement parmi les tribus en

pleine effervescence.

L'abbé Bourg qui était alors à Carleton et qui jouissait d'un grand ascendant sur l'esprit des sauvages dont il connaissait la langue

et les moeurs, était l'homme désigné par les circonstances pour cette difficile mission. Aussi Mgr de Québec s'empressa-t-il de lui

envoyer un exprès pour l'en charger. N'écoutant que la voix du devoir et le désir de son évêque, M. Bourg, accompagné de deux

sauvages, partit aussitôt. Il parcourut toutes les bourgades depuis la rivière Saint-Jean jusqu'à la Nouvelle-Ecosse. Il réussit

complètement à pacifier les Micmacs, sur lesquels avait passé un souffle de révolte, leur fit renouveler leurs promesses de fidélité et

de loyauté à la couronne britannique, et en retour, eût depuis lors ses coudées franches à Halifax et dans les missions des provinces

maritimes, dont il sut user largement au profit, de ses coreligionnaires et pour l'honneur de la religion.

Sur son avis, les familles irlandaises d'Halifax présentèrent en 1783, une pétition à Sir Andrew Snape, qui avait remplacé Sir

Richard Hughes, en 1781, comme lieutenant-gouverneur de la province, dans le but d'obtenir des mesures plus libérales et plus

tolérantes pour le libre exercice de leur religion. En réponse à la demande qui lui était adressée, par l'intermédiaire du gouverneur, la

législature décréta abolies les clauses injurieuses et iniques qui privaient les sujets catholiques de Sa Majesté, dans la

Nouvelle-Ecosse, du droit de possession et de la liberté de pouvoir pratiquer ouvertement leurs devoirs religieux: C'est de cette époque

que commence l'émancipation des catholiques de la Nouvelle-Ecosse.

Sir Richard Hughes, voulant témoigner sa reconnaissance à M. Bourg, d'une manière encore plus sensible, lui fit concéder

gratuitement l'Ile aux Hérons et quatre milles de terrain sur les côtes du Nouveau-Brunswick, en face de Carleton. En outre un certain

lopin de terre où se trouve actuellement les édifices religieux de Carleton jusqu'à la pointe dite des Bourgs. M. Bourg céda une partie

de ce terrain à son départ de cette paroisse. Le reste appartient encore à ses arrières neveux.

La liberté religieuse ayant été rendue, grâce à l'influence de M. Bourg, les catholiques d'Halifax firent des démarches pour avoir

un prêtre résidant au milieu d'eux, et faisaient les plus grandes instances.

Le 16 juillet 1784, M. Gravé, vicaire général de Québec, écrivait à M. Bourg pour l'en informer. Ils s'étaient d'abord adressés à

l'évêque de Londres qui leur avait naturellement répondu qu'Halifax n'était pas dans son diocèse.

M. Bourg recevait l'injonction de se transporter à Halifax, d'examiner les choses par lui même, et de lui en rendre compte ;

combien il y avait de catholiques dans la ville et aux environs dans la Nouvelle-Ecosse ; Si l'on pouvait y bâtir librement une église et

une maison prcsbytérale ; quels étaient les moyens de faire subsister un prêtre, et autres choses semblables.

Le désir de l'évêque de Québec était que M. Bourg y fit sa résidence; M. Le Roux, récemment arrivé de France, devait lui

succéder dans les missions de la Baie des Chaleurs jusqu'à nouvel ordre.

On prévoyait alors qu'Halifax deviendrait un des premiers postes, et les catholiques, grâce aux démarches de M. Bourg, y avaient

obtenu du parlement en faveur de la religion catholique, des avantages que bien d'autres n'auraient seulement pas osé demander. M.

Bourg savait parfaitement la langue anglaise, était vicaire-général de l'évêque de Québec, et avait toute sa confiance. Il était aussi

chargé de dire à ces catholiques que l'évêque ne les oubliait pas, était très content du zèle qu'ils avaient pour leur religion ; qu'il avait

en vue leurs intérêts spirituels et qu'il travaillerait de tout son pouvoir à les secourir.

M. Bourg se rendit donc à Halifax durant l'été 1784, et fit son rapport à Mgr de Québec. Mais sa lettre fut perdue. De retour à

Carleton, dans l'automne assez avancé,. il écrivit de nouveau à M. Gravé, V. G.

? J'eus l'honneur, dit-il, d'écrire à Mgr l'Evêque étant à Halifax dans le courant de l'été dernier, que je me conformais au désir de

Sa Grandeur, qui était que je résidasse à Halifax ; M. LeRoux devait résider en la Baie des Chaleurs, et moi j'étais sur mon départ

d'Halifax pour chercher mes effets en la Baie et retourner an plus tôt. J'ignore si cette lettre est parvenue à Sa Grandeur et c'est ce qui

m'oblige de vous écrire la présente. Le trajet d'Halifax à la Baie m'a pris trois semaines, et dans une tempête qui dura trois jours sans

discontinuer, tout l'équipage fut déconcerté excepté le capitaine. Je fus obligé de servir de matelot pour me sauver la vie, et à mon

arrivée je tombai malade, tant j'avais essuyé de fatigue et de froid. Cette indisposition m'a retenu dans la Baie ; si Dieu me conserve,

j'espère me transporter à Halifax ce printemps pour y faire ma résidence jusqu'à nouvel ordre de mon évêque.

Bulletin des Recherches Historiques 1895-1968

" Quant à M. LeRoux, qui est un très digne prêtre, il est maintenant d'un âge si avancé qu'il lui est impossible de desservir tous les

endroits éloignés et même les moins éloignés durant l'hiver. Ainsi, je crois qu'il serait à propos, si Sa Grandeur l'avait pour agréable,

que M. Le Roux vint résider où je suis, qui est maintenant l'endroit le plus considérable de la Baie, puisqu'il y a 78 habitants ; neuf

lieues plus haut, est la mission de Ristigouche, qu'il pourrait encore desservir, ainsi que les endroits Pégéguit et Caraquet, où il peut y

avoir en tout 40 habitants. Le second endroit le plus considérable est Bonaventure douze lieues plus bas que Tracadièche et toujours

du côté nord, où il y a environ 60 habitants. Quatre lieues plus bas, est un endroit appelé Paspébiac, où il peut y avoir 25 habitants ;

ensuite, Port-Daniel, Pasbeau, la Grande-Rivière et Percé. Du côté sud de l'ouverture de la Baie, se trouve Miramichi, où il peut y

avoir 20 familles et quantité de sauvages; plus loin, Cocagne et Memramcouk, où réside M. LeRoux, parce qu'il y a 100 habitants au

moins. Ne serait-il pas possible de placer un jeune prêtre à Bonaventure, pour y résider dans le cours de l'hiver ? L'été, il parcourrait

les différents endroits que j'ai nommés, M. LeRoux pourrait suppléer pour les malades pendant son absence. Je suis persuadé que

votre zèle apostolique vous excitera à faire tout ce qui dépendra de vous pour favoriser cet arrangement."

L'arrivée à Halifax du P. Jones dérangea tous les plans de M. Bourg.

Le P. Jones était de l'ordre des Capucins, qui avaient fourni déjà, sous la domination française, plusieurs missionnaires en Acadie.

C'était un homme instruit et fort distingué. Il y bâtit une église et y exerça les fonctions de vicaire général; que lui conféra l'évêque de

Québec. il fut bientôt rejoint, dit l'abbé Casgrain, par deux prêtres français, M. Allain et M. Lejamtel de la Blouterie. L'abbé Allain

s'en alla évangéliser le groupe acadien, le plus inaccessible et le plus délaissé de tous, celui des Iles de la Madeleine. M Lejamtel de la

Blouterie eut en partage l'île du Cap Breton, et se fixa à Arichat, où vint bientôt le rejoindre un autre exilé de France, l'abbé

Champion, comme lui du diocèse d'Avranches.

M. Bourg demeura donc en la Baie des Chaleurs et vit ainsi se retrécir le champ immense de ses missions.

En 1786, M. Bourg songea à faire bâtir une nouvelle église à Carleton, pour tous les établissements depuis Cascapédiac jusqu'à la

Nouvelle. Ce qui l'engagea à entreprendre cette construction, ce fut l'activité que prit alors le commerce du poisson à cet endroit.

Aussi, la population s'était considérablement accrue. Mais les difficultés qu'il rencontra pour le choix du site de la nouvelle église,

qu'il voulait voir élever à peu près au même endroit que l'ancienne, lui fit renoncer pour le moment à l'entreprise.

Voyant la mauvaise volonté des habitants et la division s'accentuer davantage, M. Bourg transporta sa résidence à Bonaventure.

Ce fut une rude épreuve pour les habitants de Carleton qui, malgré leurs malheureuses divisions, estimaient beaucoup leur pasteur.

Aussi firent-ils des instances auprès de l'évêque de Québec pour réinstaller M. Bourg au milieu d'eux. M. Bourg résolut alors de

demeurer alternativement dans les deux places.

Cette même année, 1786, M. Bourg reçut un auxiliaire dans la personne de M. Girouard, autre prêtre acadien, qui fut chargé des

missions de Ristigouche, Nipissiqui, Caraquet et Miramichi. Il se fixa à Caraquet, comme étant le poste le plus important. M. Girouard

fonda plus tard le séminaire de Saint-Hyacinthe,. P. Q.

En 1789, Mgr Hubert ayant réglé le différend et fait cesser les divisions à propos de la construction de la nouvelle église, ordonna

de bâtir à l'endroit désigné par M. Bourg. On commença incessamment les travaux.

Le 1er octobre 1787, M. Bourg baptisait, à Carleton, un enfant dont il fut en même temps le parrain, qui devait jouer un grand

rôle dans le monde politique du temps, et qui est une des plus belles gloires de Carleton ; la marraine fut sa soeur, Marie-Madeleine

Bourg : C'était Joseph-René Vallières de Saint-Réal qui, grâce à la haute protection de Mgr Plessis, évêque de Québec, fit un cours

d'études, devint le premier avocat de son temps, député du comté de Champlain, et enfin juge.

En 1791, M. Bourg visita tous les postes soumis à sa juridiction et en rendit compte à l'évêque de Québec, de retour à Percé.

J'informe Votre Grandeur, dit-il, que grâce au Seigneur, jouissant d'une bonne santé, j'ai fini de parcourir nord et sud, toutes mes

missions, de sorte qu'en trois ou quatre jours je partirai de Percé, où je suis depuis quelque temps, pour retourner à la Baie et faire une

mission à Caraquet. J'y suis allé ce printemps, mais ces pauvres gens ne pouvaient avoir recours à moi dans le cours de l'hiver. J'ai

reçu les Saintes Huiles, pour lesquelles je vous remercie, et le mandement à l'égard de la suppression de quelques fêtes. J'ai lu ce

mandement en chaque lieu et m'y conformerai, ainsi que tous les. habitants.

On ne voit que misère en la Baie, cette année, attendu que la pêche au saumon et la chasse ont presque entièrement manqué ; la

pêche à la morue est fort médiocre, mais la récolte est assez bonne. C'est un malheur qu'on ne soit pas plus porté à cultiver avec soin.

Quelques habitants de ma paroisse (Carleton) recueillent déjà depuis quelques années plus qu'ils ne dépensent.

J'espère que cet exemple inspirera aux autres, qui vivent très mal dans le cours de l'hiver, le désir de les imiter."

Jusqu'en 1791, M. Bourg avait plus de 400 lieues de mission. Il fut déchargé, à cette époque, de tout le territoire situé au-delà de

la rivière Miramichi. Tout le ,reste de l'Acadie était confié au P. Jones et à ses confrères français. M. LeRoux ayant fixé sa résidence à

Memramcouk, en 1784, fut aussi chargé des missions de Cocagne et de Richibouctou, qui venait de se coloniser.

En 1794, M. Bourg, qui jusqu'alors avait joui d'une forte santé, commença à se sentir épuisé, et étant devenu incapable de remplir

les fonctions si difficiles de missionnaire, demanda son rappel. Mgr de Québec, qui avait en haute estime M. Bourg, le transféra à

l'importante cure de Saint-Laurent, près Montréal, à l'automne 1795, dans l'espoir que le repos bien mérité par 20 longues années d'un

pénible ministère rétablirait sa précieuse santé. Mais il ne fit que languir et s'éteignit pieusement dans le Seigneur, après avoir reçu

tous les secours de la religion des mains du grand vicaire Roux, de Montréal, le 20 août 1797, à l'âge de 53 ans, 2 mois et 11 jours. Le

lendemain, eurent, lieu ses funérailles, au milieu d'un grand concours de peuple et de tout le clergé de Montréal. Ses restes funèbres

furent déposés sous les dalles de l'église Saint-Laurent, où ils reposent depuis plus d'un siècle ; mais sa mémoire et son souvenir ont

traversé les âges et demeurent encore vivaces parmi les peuples qu'il a évangélisés.

L'abbé E.-P. CHOUINARD

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BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES     VOL. 6 JUIN 1900 No. 6

 

L'ABBÉ LOUIS-JOSEPH DESJARDINS

Le 30 juillet 1795, Mgr Hubert, évêque de Québec, arrivait à Percé, en la Gaspésie, en tournée pastorale, accompagné de trois

prêtres français victimes de la Révolution. C'était MM. P.-J.-L. Desjardins, vicaire-général ; L.-J. Desjardins, frère du précédent, et Y.

Castanet.

Messire Louis Joseph Desjardins était destiné à succéder à M. Bourg, dans les missions de la Baie des Chaleurs. M. Castanet

devait se fixer à Caraquet et avait la charge de toutes les missions de la Côte sud de la Baie jusqu'à Memramcook.

Au commencement de septembre, l'évêque et sa suite arrivèrent à Carleton, où M. Desjardins devait faire sa résidence et le centre

de ses missions. Mgr Hubert l'ayant réglé ainsi, vu l'incendie de l'église de Bonaventure l'hiver précédent, et aussi dans l'espoir de

mettre un prêtre résidant dans ce dernier endroit.

M. Desjardins était un homme très instruit et très distingué ; rempli de zèle pour l'embellissement du temple du Seigneur et de la

pompe des cérémonies religieuses, comme du salut des âmes qui lui étaient confiées. Aussi, dès son arrivée, se mit-il à l'oeuvre

courageusement.

" Si Dieu a exaucé nos prières et nos voeux, écrivait-il à Mgr Hubert, quelques mois après son arrivée, Votre Grandeur sera

heureusement arrivée au terme de sa mission ; Dons espérons que vous en avez bien supporté les fatigues jusqu'au bout, et que vous

exécuterez l'an prochain votre projet de visiter le reste de l'Acadie. Si vous avez la bonté de relâcher sur nos côtes ;vous mettrez le

comble à nos désirs.

" Votre présence et vos instructions pastorales, Monseigneur, ont produit partout les plus grands effets. C'est une consolation pour

vos missionnaires d'avoir à cultiver un champ que vous avez si bien défriché. Nous tâcherons de suivre en tout vos désirs et vos

exemples ; et nous n'oublierons jamais la bonté paternelle avec laquelle vous nous avez traités pendant cette mission. C'est un surcroit

de bienfaits qui vous assurent dans nos coeurs une éternelle reconnaissance."

M. Bourg avait généreusement fait don à l'église de Carleton des terres sur lesquelles étaient bâtis l'église et le presbytère.

L'église était inachevée et le presbytère avait besoin d'urgentes réparations. M. Desjardins se mit à l'oeuvre en arrivant, pour faire

continuer ces travaux.

Aussi s'empressa-t-il de demander à ses nouveaux paroissiens de contribuer volontairement à une répartition qu'il fit, aidé des

notables de la place, pour mettre l'église en état de célébrer les offices divins avec une certaine décence. Ces travaux s'exécutèrent

promptement, et dès le mois de décembre, les travaux de l'église étaient terminés. M. Desjardins avait apporté avec lui plusieurs

ornements pour servir au culte et à l'ornementation de l'église. Mgr Plessis, alors curé de Québec, et qui estimait M. Desjardins d'une

manière spéciale, lui en avait aussi envoyé une certaine quantité dont M. Desjardins fait l'énumération dans une lettre toute chaude de

reconnaissance et de bonne amitié qu'il écrivait au futur évêque.

" Les précieuses reliques, lui écrivait-il, tous vos bouquets, votre ornement vert avec ses dalmatiques nous sont parvenus en bon

ordre. Il vous plaît appeler tout cela des vieilleries ; nous les prisons comme nos plus beaux ornements et ne nous en parons qu'aux

jours de grande fête. Nous avons d'ailleurs estimé l'intention donantis et cela ajoute encore du mérite aux dons.

" Il fallait voir la surprise, l'admiration de nos habitants et surtout des sauvages à la messe de minuit, quand nous avons déployé

ces richesses ! De leur vie, dirent-ils, ils n'avaient jamais rien vu de si beaux. En effet, il faut convenir que notre cortège était

pompeux, et l'autel fort bien illuminé... Vous avez beau sourire, mon cher curé, vous n'avez toujours point eu dans votre cathédrale

une messe de minuit si brillante ; diacre et sous-diacre (?), cérémoniaire, thuriféraire, acolytes, rien n'y manquait, pas même la gravité

du célébrant. Cependant au milieu de l'office un fougueux ouragan, qui a fait craquer tous les membres de notre église, a troublé un

peu notre sérénité.

" En mémoire de vous, dit-il plus loin, nous sémerons avec grand soin les beaux épis de blé d'inde, ainsi que les lentilles et les

fèves qui nous viennent, je ne sais de quelle main. Venez en manger votre part cet été avec Monseigneur. Vous allez voir en

parcourant mes domaines, s'il est possible à votre misérable serviteur de les desservir convenablement."

En effet M. Desjardins desservait toute la Gaspésie depuis la Rivière-au-Renard jusqu'à Pabos. Et de plus Port-Daniel, Paspébiac,

New Carlisle, établis depuis peu par des loyalistes, et pour lesquels le gouvernement impérial dépensa 82,000 louis sterlings, ce qui

faisait dire plus tard au juge Thompson que cet argent n'avait pu être dépensé que pour creuser des canaux sous terre, car sur le sol, on

ne voit rien qui ait pu motiver de si grosses dépenses. En outre M. Desjardins desservait encore Bonaventure, Cascapédiac, Carleton et

Restigouche. Sur la côte sud de la Baie des Chaleurs, la Rivière l'Anguille et la Rivière Jacquet. Il avait donc raison de se plaindre de

l'étendue de son domaine. Aussi le fait-il dans une lettre pressante adressée à Mgr Plessis, son ami.

"J'ai exposé succinctement à Mgr, dit il, la nécessité d'être deux prêtres ici : vous le sentirez vous même j'espère. Je sais qu'il y a

bien d'autres besoins dans cet immense diocèse ; mais de bonne foi, en avez-vous de plus urgent ? Je n'insisterai point en parlant dans

ma propre cause ; je vous la donne à défendre. Mais observez que Percé seul, avec l'Ile Bonaventure, la Pointe St Pierre, Gaspé et la

Grande-Rivière, serait bien capable d'occuper un prêtre toute l'année. Je crois que ces endroits pourraient aussi le faire vivre, si on

Bulletin des Recherches Historiques 1895-1968

doublait la dîme, ainsi que de justice, à raison d'une desserte plus fréquente. Percé a besoin d'une résidence un peu longue du

missionnaire. Bonaventure et Paspébiac occuperaient encore un homme de travail et le soutiendraient, je crois, en augmentant un peu

les honoraires. Carleton et Ristigouche sont assez, n'en doutez pas, pour un homme qui veut bien faire ; car qui trop embrasse mal

étreint. Ainsi, vous voyez, mon cher curé, qu'au lieu d'un il nous faudrait bien deux bons collaborateurs. Pesez tout cela en présence du

Prélat et de Dieu."

" Le petit frère de Caraquet (M. Castanet.), a pris son vol et me laisse un peu chagrin ; son arrivée m'avait comblé de

consolation."

Le voeu de M. Desjardins fut exaucé quelques années après. Nous trouvons M. de la Vaivre, à Bonaventure, en 1797, et M.

Alexis Lefrançois, à Percé, en 1801.

M. Desjardins a laissé à Carleton, lieu ordinaire de sa résidence, des cahiers de délibérations paroissiales très bien tenus. Le

premier acte que l'on trouve dans ses cahiers est l'élection de Paul Babinau, marguiller pour l'année 1795-96. Puis une liste de

l'inventaire du vestiaire de l'église qui n'était pas très garni.

A la date du 18 septembre 1795, les règlements suivants consentis dans une assemblée plénière de tous les habitants du lieu, sont

adoptés.

1er Que suivant l'intention de Monseigneur, les missionnaires seront transportés et accompagnés d'un poste à l'autre par les

habitants du lieu, chacun leur tour. C'est-à-dire que le prêtre suivant les besoins de sa mission aura droit de réquérir les habitants ou

marguillers pour se faire conduire au poste le plus prochain qui sera obligé d'en faire de même, sans que personne prétexte aucun

motif pour s'en dispenser à moins que de nécessité, au jugement des marguillers. Les conducteurs n'auront rien à réclamer ou exiger

pour leur temps, frais, etc., etc., attendu que c'est une corvée de paroisse à supporter à tour de rôle.

2e Il sera fourni gratuitement au prêtre-missionnaire tout le bois de chauffage dont il aura besoin chaque année et pour cela,

chaque habitant en conduira lui-même une corde par an, ou moins s'il y en a assez ; ce qui sera soumis à la surveillance des

marguillers, qui, au cas de refus ou négligence des partis, s'en plaindront au prêtre-missionnaire.

3e Le prêtre-missionnaire permettra aux habitants éloignés de se chauffer et retirer dans sa cuisine avant les offices, autant qu'on

s'y comportera décemment et que cela n'entraînera point d'inconvénient.

4e Que les habitants travailleront immédiatement à réparer la couverture du presbytère qui est mauvaise et qu'ils feront leurs

efforts pour arranger un appartement pour eux, dans la partie vacante du presbytère du côté du nord qui leur a été offerte par les

prêtres-missionnaires pour une plus grande liberté réciproque.

5e Qu'il sera fourni cette année seulement une quantité de foin, environ 200 bottes, au prêtre missionnaire, attendu qu'étant

arrivant, il ne saurait s'en procurer.

6e Enfin, qu'on fera rentrer les vieilles dettes de l'église pour faire finir cette bâtisse encore imparfaite et qui a déjà besoin de

réparation.

Ce document est signé par Zacharie Nadeau, Jean LeBlanc, Pierre LeBlanc et Claude Landry, marguillers.

L'absence presque continuelle du missionnaire avait été la cause, à Carleton, de bien des désordres. Aussi, M. Desjardins qui était

un homme d'ordre et d'action, prit de suite des mesures énergiques pour les réprimer, et la paroisse qui était en formation avait besoin

d'un guide prudent et éclairé pour se constituer sur des bases plus solides.

Après avoir réglé et mis en ordre la discipline intérieure de l'église, M. Desjardins fit continuer les travaux de réparation et à cet

effet, il préleva une répartition en argent et en bois.

Durant l'été de 1797, M. Desjardins fit la visite de ses missions et en fit un rapport circonstancié à Mgr Plessis, alors curé de

Québec et chancelier du diocèse, qui s'intéressait beaucoup au succès des missions de la Baie des Chaleurs et de la Gaspésie. Il

écrivait de Percé en date du 8 septembre :

" J'arrive du bout du monde, au moins du terme de ma mission, de la Rivière-au-Renard. J'ai fait beaucoup de chemin ; j'ai pris un

aperçu des lieux, des gens et de ce que l'on peut y faire par la suite avec un peu plus de loisir que j'en avais à y rester. J'ai été quinze

jours dans cette excursion ; il faudrait y passer deux mois. La chose est impossible à moins qu'on ne me donne un confrère pour veiller

au centre de la mission, tandis que je courrais au loin. M. de la Vaivre, je crois, serait bien propre à cet emploi et je serai très content

si vous pouviez m'en faire le cadeau à la Saint Michel.

" Le cher Castanet. n'est point oisif de son côté, comme bien vous pensez. Je lui ai fait faire près de 50 lieues pour me rencontrer,

et il ne m'a point trouvé au rendez-vous. Jugez de son impatience et de la mienne ; mais le devoir m'appelait ailleurs et il a fallu tout

lui sacrifier. J'espère aller le joindre chez les sauvages de Miramichi, où il compte cabaner cet hiver. Franchement nous faisons plus de

cas de ces pauvres chrétens que de bien d'autres. Moi, je suis très content des miens, et je me fixerais volontiers à Ristigouche avec

eux si c'était possible."

Parlant de son église, il dit : Notre cathédrale avance et si, pour le coup elle n'est pas tout à fait à l'abri du feu, j'espère au moins

qu'elle sera à l'abri des fougueux aquilons. Nous n'avons rien épargné pour la rendre solide, élégante même suivant nos moyens. Nous

espérons que vous ne nous oublirez pas dans vos réformes d'ornements. Tel brille au second rang qui s'éclipse au premier. Nous vous

ferons honneur, et nous tiendrons compte de toutes vos vieilleries. Si vous pouvez y joindre un missel, n'importe la date et le format.

Oserai-je vous prier de me céder un de vos Rituels Anglais ; vous ne sauriez croire le nombre d'Irlandais qui se trouve sur les côtes.

-Je souhaiterais avoir quelques livres à leur mettre entre les mains pour les retirer de l'oisiveté le dimanche. Tâchez de me procurer des

Imitations ou la Vie dévote, le Catéchisme de Douay, le Manuel, etc."

Enfin M. Desjardins reçut avec joie, le secours d'un auxiliaire, dans la personne de M. de la Vaivre, prêtre français, comme lui

victime de la révolution et qui devait se fixer à Bonnaventure. Ce prêtre était d'une constitution très faible et nullement propre au

ministère si plein de danger des longues et pénibles missions de la Gaspésie. Aussi, M. Desjardins se réserva les plus pénibles, ne

laissant au nouveau missionnaire que Bonaventure et Paspébiac.

Voici comment M. Desjardins s'exprime sur l'arrivée de son confrère, dans une lettre adressée à l'évêque de Québec, datée de

Carleton, le 10 janvier 1797.

" J'ai reçu par M. de la Vaivre votre gracieuse réponse du 18 octobre dernier, et j'ai fait passer à Caraquet les dépêches de Votre

Grandeur pour M. Castanet.- Les démarches et les sacrifices que vous voulez bien faire pour notre mission, nous pénètrent de la plus

vive reconnaissance ; vous ajoutez particulièrement à la mienne par le double cadeau d'un excellent confrère et d'un superbe patron,

(Saint-Joseph pour l'église de Carleton) qui me deviennent doublement chers, en les recevant de votre main.

" L'arrivée de M. de la Vaivre a causé dans toute la Baie une révolution de joie ; elle a été extrême à Bonaventure, et ma

satisfaction a été complète en voyant que votre choix remplissait tous mes désirs. J'espère que ceux de notre nouveau confrère seront

aussi satisfaits, et qu'il trouvera ici les consolations qu'il cherche dans le ministère ; il ne tiendra pas à moi de lui adoucir les peines qui

en sont inséparables.

" Je ne dois pas vous laisser ignorer qu'il se livre avec beaucoup de zèle et de fruits à l'éducation de la jeunesse, et qu'il est comblé

de bénédictions par ce bon peuple avide d'instruction. Agréez-en, après Dieu, notre gratitude commune.

Bulletin des Recherches Historiques 1895-1968

Tout le monde se flatte de votre visite cette année, et nous faisons particulièrement des voeux pour qu'il plaise à Dieu vous

accorder la continuation d'une santé qui nous est si chère."

M. Desjardins tenait un compte exact de toutes ses démarches et en faisait un rapport fidèle à l'évêque. Voici ce qu'il écrivait en

date du 13 mai suivant :

Quand je vous ai écrit cet hiver par la voie du Madawaska, je me proposais de vous donner quelques détails relatifs à la côte nord

(de la Baie) ; le temps ne me l'a pas permis.

" J'ai eu le plaisir de me réunir dernièrement à mes deux confrères à Paspébiac et Bonaventure (M. de la Vaivre et M. Castanet),

où nous avons conféré des dispositions nouvelles que nécessitait l'arrivée de M. de la Vaivre. Il a bien voulu se charger de

Bonaventure, Paspébiac et Port-Daniel. Sa santé ne lui permet pas d'écouter son zèle et d'étendre plus loin sa mission. M. Castanet. me

remet Nipissiquit, attendu la grandeur de sa mission. Il est juste qu'il profite du bienfait dont vous avez comblé la Baie. Ristigouche,

Percé et les environs me restent à desservir.

" M. Castanet jouit d'une excellente santé, malgré les fatigues inséparables de ses voyages d'hiver ; il conserve toujours l'aimable

caractère que vous lui connaissez.

" Notre église de Carleton est en grande réparation et doit être incessamment refaite à neuf. Un coup de vent furieux a emporté

une partie du toit. J'ai fait défaire le reste, et nous attendons le constructeur des églises de Bonaventure et de Ristigouche pour élever

la nôtre sur le même plan ; mais nos moyens en sont faibles, et l'incertitude pour la pêche prochaine nous donne bien quelques

inquiétudes. Si Dieu nous conserve le zèle et le bon accord que j'admire dans le plus grand nombre des habitants, j'espère voir la fin de

cette grande entreprise.

" L'espérance de voir cet édifice béni de vos mains, Monseigneur, est un grand encouragement pour nous."

Comme on le voit par la lettre de M. Desjardins un désastre, sous forme d'un furieux ouragan, si commun dans cette partie de la

Baie des Chaleurs, vint fondre au commencement de mars 1797, sur l'église de Carleton encore mal jointe et à demi terminée, en lui

enlevant la majeure partie de son toit, et en disloquant ses membres jusqu'en sa fondation, la rendit inhabitable et impropre au culte.

Ce fut une dure épreuve pour les habitants de Carleton qui venaient de faire tant et de si grands sacrifices pour sa construction.

Cette rude épreuve ne les découragea point, et pleins de confiance en la sagesse et l'habilité de leur missionnaire, et de cette foi

vive des anciens jours qui tend, hélas ! à disparaître, surtout lorsqu'il s'agit d'élever des temples à Dieu, ils se mirent incessamment à

l'oeuvre et le 12 mars, dans une assemblée plénière des habitants de la paroisse, sous la présidence de M. Desjardins, après invocation

du Saint-Esprit, on régla ce qui suit :

Il est representé d'abord par M. Desjardins que tous les évenéments viennent de Dieu, qui en frappant même son église nous

apprend à remonter à la source des biens et des maux, etc, etc.

Le désastre de l'église fait le sujet de beaucoup de réflexions ; le résultat de toutes, c'est qu'il faut arriver à une prompte

réparation, et comme toute la charpente est ébranlée et peu solide, le parti le meilleur et qui prévaut, c'est, qu'il faut refaire entièrement

cette bâtisse et provisoirement mettre le comble à terre. Louis Estiambre s'offrant d'ôter le comble moyennant que chaque habitant lui

donne deux planches, la proposition est acceptée de part et d'autre.

Décidé que l'office se fera au presbytère en attendant la reconstruction de ce grand édifice ; tout le monde promet de contribuer

de grand coeur, pourvu que l'entreprise soit confiée en de bonnes mains.

On autorise M. Desjardins d'écrire à Georges Deschemard, entrepreneur de l'église de Bonaventure, pour lui proposer de

consolider celle-ci, en changeant le sanctuaire de bout, qu'il soit à l'est.

On promet de payer le quartier des bancs de l'église quoique ce quartier ne soit pas tout à fait expiré.

On choisit deux syndics, savoir : Claude Landry et Jean LeBlanc, auxquels Joseph Boudreau, marguiller, se joindra pour aviser

aux marchés, réparations et dépenses convenables, de concert avec le prêtre-missionnaire, pour les intérêts de l'église.

Une souscription volontaire est ouverte, afin que chacun puisse contribuer suivant ses moyens, aux frais de la nouvelle église.

On promet d'ajouter 10 clabords par habitant à la portion déjà fournie et de donner en portion du temps par corvée chacun son

tour lorsque l'on en sera requis par les syndics et les marguillers.

Les travaux de l'église commencés sous des auspices si consolants, furent poussés avec vigueur ; et grâce à l'admirable entente et

la bonne volonté des habitants, ils furent terminés au mois de décembre 1798.

Le 23 du même mois, après les annonces et préparatifs, convenables, les fidèles de la paroisse de Carleton étant assemblés au son

de la cloche, on procéda à la bénédiction solennelle de l'église, sous l'invocation de St-Joseph. Cette cérémonie digne de remarque,

ayant été accompagnée de toute la pompe convenable au temps et au lieu, fut terminée par une invitation aux paroissiens de continuer

leur entreprise, si bien commencée, et une offrande faite à l'église par le prêtre-missionnaire, pour en encourager la parfaite

décoration.

Tout le monde sa retira pleinement satisfait, pénétré de zèle et de reconnaissance pour la gloire de Dieu, sentiments bien partagés

par le pasteur du fidèle troupeau et le chef de cette église naissante.

M. Desjardins avait contribué de sa bourse aux frais de l'église, en prêtant aux syndics une somme assez ronde pour le temps

(?65, 11, 3). Aussi pour l'ornementation du temple et la pompe des cérémonies, de concert avec son frère le grand-vicaire Desjardins.

Voici d'ailleurs la liste des dons faits à l'église de Carleton par ces Messieurs :

1 Tableau de St-Joseph mourant, assez bon. Un autre de la Madeleine, beau pour le temps ; 3 toiles peintes pour devants d'autels,

figures affreuses ; 1 ornement complet, vert et violet, avec dalmatiques ; 1 Calice d'argent, à condition que le petit qui était de la

paroisse, serait à l'usage du missionnaire. Ce calice donné par M. Desjardins sert encore à l'autel et est très bien conservé.

1 Tabernacle réparé avec 2 petites statues. Ce tabernacle a été donné plus tard à l'église St-Alexis de Matapédiac où il sert encore.

1 Garniture de six grands chandeliers et la croix argentés. 4 grands bouquets et 1 grande couronne. 1 croix processionale, qui sert

encore à la mission de Saint-Louis de Gonzague, 1 croix en fer, au clocher, 2 grands reliquaires dorés, qui servent encore, 1 Statue de

St-Joseph dorée, 1 petite couronne du St Sacrement. C'était la coutume alors de surmonter l'ostensoir d'une couronne durant

l'exposition. Ce qui est contraire aux rubriques.

M. Desjardins avait un grand zèle pour la maison du Seigneur et s'efforçait de procurer à toutes ses missions les choses les plus

essentielles au culte. C'est à lui que les églises de la Baie des Chaleurs et de la Gaspésie doivent leurs premiers tableaux qu'il avait

apportés de France.

M. Desjardins fit une mission dans la Gaspésie, durant l'été de 1798. Il écrivait de Percé, le 17 septembre 1798, à Mgr Plessis,

que Mgr Denaut venait de choisir pour son coadjuteur, en 1797, et nommer Vicaire-Général.

"J'ai reçu votre consolante lettre du 19 juillet dernier au retour de mon voyage du sud (de la Baie des Chaleurs).- Vous

connaissez, j'imagine, l'étendue et les besoins de cette mission ; ils croissent surtout par la perte réelle que nous venons de faire. La

mort du cher M. Castanet ne justifie que trop vos présages et nos craintes ; c'est un grand deuil pour Caraquet et pour toute la Baie. On

ne peut être plus chéri; ni plus universellement regretté. Je vous laisse à penser combien ce sacrifice m'est pénible et nous cause

d'embarras.

Bulletin des Recherches Historiques 1895-1968

" La Baie, je vous assure, ne m'offre plus que tristesse ; M. de la Vaivre est aux Invalides, et je n'en vaux guères mieux. Quand

jugerez-vous à propos de nous relever de garde ? Vous nous faites espérer un prêtre pour Caraquet : quand viendra-t-il ?"

Mgr Plessis, qui s'intéressait tant aux missions de la Baie des Chaleurs, s'empressa d'envoyer M. Joyer, autre prêtre français, au

secours de M. Desjardins et de son confrère de Bonaventure. Aussi, M. Desjardins lui en témoigne-t-il sa plus vive reconnaissance

dans une lettre datée du 20 février 1799 :

" Qu'il m'est doux et consolant, dit-il, de vous entendre parler de notre pauvre Castanet. ; et que j'envie son heureux sort ! Votre

bon suffrage m'est un présage rassurant pour lui, mais effrayant pour moi ; car je suis loin de lui ressembler et de mériter tout ce que

vous me dites d'obligeant.

" L'arrivée de M. Joyer nous a fort agréablement surpris ; il justifie à tous égards le jugement favorable que vous en avez porté.

Nous nous accordons à le croire digne d'occuper son poste, si recommandable par les vertus du cher défunt ; puisse-t-il en faire revivre

les rares qualités ! C'est un sujet d'édification et de réforme pour M. de la Vaivre et pour moi. Nous craignons uniquement pour M.

Joyer que ses forces ne répondent pas tout à fait à son zèle et aux besoins de sa pénible mission mais nous le croyons autant prudent

qu'éclairé, et l'exemple fatal de son prédécesseur lui servira sans doute de leçon pour ménager ses forces.

" Notre église, enrichie de vos dons, commence à prendre une assez bonne tournure. Nos maîtres chantres se sont fort bien parés

de vos chappes."

Le 2 janvier 1799, M. Desjardins présidait une assemblée des habitants de la paroisse, pour régler d'une manière définitive la

rente des bancs, qui jusqu'alors se faisait bien irrégulièrement et était souvent la cause de troubles et de divisions parmi les intéressés.

Il fut réglé : 1º Que les dits bancs, auxquels tous les fondateurs qui ont rempli leurs obligations ont un droit légitime, demeureront

à perpétuité dans chaque famille, autant que la rente annuelle en sera payée ou qu'il n'y aura point d'accidents ou causes imprévues

pour en dispenser, au jugement du prêtre-curé et des marguillers du lieu.

Cet article fut annulé peu de temps après, à cause des inconvénients qui en résultaient dans une-paroisse nouvelle.

2º Que la rente des dits bancs sera de 5 schellings pour les 5 premiers de chaque rang ; de 4 schellings pour les 5 suivants, et de 3

schellings pour les 5 derniers, payables au plus tard dans le courant du mois d'août, au moins avant la St-Michel, chaque année.

3º Qu'indépendamment de la rente annuelle ainsi fixée, il sera libre à chacun de mettre à l'enchère pour l'acquisition ou entrée du

banc une fois payée.

4º Que la rente et l'entrée des dits bancs seront payées en argent, ou en effets du pays, grains, poisson, et au prix d'argent, dans le

cours du mois d'août prochain, et ainsi chaque année, entre les mains du marguiller en charge, sous peine de perdre son banc qui, à ce

défaut, serait mis à la criée, après deux avertissements.

5º Que l'église fournira elle-même les bancs, et qu'on en tiendra compte sur le prix d'achat à ceux qui s'en procureront, libre aux

pères de famille de faire mettre leur banc au nom d'un de leurs enfants ; il sera également libre à chacun de sous-louer des places dans

leurs bancs à toute personne de la paroisse qui n'aura pas refusé de contribuer pour quelque chose à l'église.

Cet article, contraire à la jurisprudence paroissiale, fut annulé comme abusif, par Mgr Plessis, lors de sa première visite à

Carleton.

6º Que les fondateurs auront un droit exclusif aux dits bancs pour chacun un ; mais que les dits fondateurs, une fois remplis, s'il

reste des bancs, il sera libre à tout le monde de mettre dessus à l'enchère, même aux fondateurs eux-mêmes, si un banc seul ne leur

suffisait pas.

Ces règlements, quoiqu'ils ne fussent pas en tout conformes au droit paroissial, que M. Desjardins ignorait, étant arrivé depuis

peu au pays, avaient cela de bon, qu'ils faisaient cesser les contestations et mettaient fin aux désordres qui régnaient alors au sujet des

bancs.

Cependant, ces règlements furent modifiés un peu plus tard par M. Desjardins. Ainsi, le 19 mars 1799, en la fête de St-Joseph,

une assemblée de paroisse est tenue. M. Desjardins présenta à l'assemblée les modifications suivantes, qui furent acceptées et conclues

de part et d'autre :

1º Que la perpétuité des bancs étant contre l'usage de l'Eglise du Canada et sujet à beaucoup d'inconvénients, les bancs resteront

tels qu'ils ont été adjugés, sauf la perpétuité, qui est aujourd'hui annulée ; ainsi on se conformera pour les dits bancs, autant que

possible, suivant les usages de l'Eglise du Canada pour l'avenir.

2º Il a été convenu que la terre de l'église, située sur le Cap, entre celles de M. Rimphosse et de Charles Bourg, sera vendue à

George Deschemard, contracteur de l'église, pour la somme de trente piastres, à payer en ouvrage pour l'église, si toutefois

Monseigneur l'évêque y donne son consentement ; ce qui sera requis pour la validité du marché.

Monseigneur ayant refusé son consentement à ce marché , la vente n'eut pas lieu.

3º Pour encouragement et reconnaissance des chantres de l'église, il a été proposé et arrêté que, pendant leur vie, ils auraient une

place dans le choeur, et qu'à leur mort, il seraient enterrés dans l'église, qui pourvoiera à leurs frais d'enterrement et au service du jour,

de la manière la plus convenable, pour reconnaître leurs bons offices rendus à l'église.

La dernière partie de ce règlement fut déclarée abusive et annulée, comme contraire à la jurisprudence du diocèse de Québec, par

Mgr Plessis.

4º Arrêté aussi qu'on fera finir le jubé et qu'on payera un ouvrier en conséquence.

Enfin, dans une assemblée de paroisse tenue le 29 juin de la même année, on passe une résolution conformément aux instructions

de l'évêque de Québec, à l'égard des bancs ; savoir : qu'ils resteront sur le prix de l'adjudication une fois payés et la rente annuelle,

sauf qu'il n'y aura point de perpétuité.

Dans le courant de l'été 1799, M. Desjardins se rendit à Québec, dans les intérêts de ses missions. De retour dans la Gaspésie, au

mois d'octobre, il adressait une lettre à Mgr Plessis, en date du 6.

" Vos sages conseils, lui dit-il, m'ont un peu rassuré, et vos bonnes prières beaucoup protégé dans mon heureux retour. Trois jours

passés à l?Ile-aux-Grues, et quatre pour nous rendre ici, voilà l'histoire de notre voyage, qui n'offre rien d'intéressant que la joie de

l'équipage et la sensibilité du capitaine, surtout lorsqu'on parlait de vous, sujet trop agréable pour ne pas y revenir à plusieurs fois.

" Je me félicite plus que jamais d'avoir repris le chemin de la Baie, et il me semble que c'est un plaisir assez partagé par mes

bonnes âmes ; puissé-je répondre à leur espoir et au vôtre ! J'ai besoin de votre indulgence et de vos prières ; je les réclame avec

instance. La bonté très affectueuse avec laquelle vous avez bien voulu me recevoir chez vous et m'y mettre si à mon aise me pénètre

de la plus vive reconnaissance.

" Vous croirez aisément qu'il m'en a un peu coûté de quitter Québec, un frère et, j'ose dire, des pères ; des amis tels que ceux que

j'ai trouvés en vous et M. Gravé méritaient bien quelques regrets. J'ai accepté cette mission de votre main avec une nouvelle joie ; je

vais me mettre en hivernement à Carleton.- Je me propose de revenir de grand printemps (en Gaspésie), pour passer ensuite l'été à

Ristigouche, y cultiver un peu mes sauvages et des patates, s'ils peuvent en avoir à planter."

Les Acadiens de Carleton, comme leurs cousins canadiens, avaient conservé le caractère pas toujours facile que l'on retrouve

partout où la race française s'est implantée. Ils n'étaient pas exempts des défauts propres à leur race. Une certaine légèreté d'esprit, qui

Bulletin des Recherches Historiques 1895-1968

s'inspire souvent bien plus volontiers des impressions présentes que des prévisions de l'avenir ; une vanité individuelle qui, dans le

commun de la vie, rend souvent insupportables les uns aux autres ; un grand amour de la critique et du commérage, avec une jalousie

innée de ses voisins ; enfin, un penchant trop prononcé pour les procès et la chicane, à propos de rien et à propos de tout ; voilà en

quelques mots le caractère propre à notre race.

M. Desjardins, qui souffrait intérieurement de ces désordres, voulut prendre un moyen très efficace pour guérir le mal des

divisions intestines, des procès entre voisins, qui menaçaient l'existence de la fortune des habitants de sa paroisse.

Le 9 août 1801, il réunit en assemblée plénière tous les habitants de Carleton, dans l'église du lieu, à l'effet de prendre des

mesures nécessaires pour faire cesser les procès ruineux. Voici ce document important :

Les habitants de Carleton, convoqués en assemblée de paroisse, il a été proposé, sur la représentation du prêtre-missionnaire, qu'il

serait fort à propos de prévenir toute espèce de procès entre les habitants du dit lieu et régler charitablement par arbitres tous les

différends qui pourraient survenir, de choisir trois syndics parmi les anciens de la paroisse, d'un caractère approuvé, pour décider et

arranger entre eux toutes les affaires qui seront de leur ressort.

Conséquemment, Olivier Bariault, père, Claude Landry et Jean-Charles Landry ont été élus à la pluralité des voix, et ils ont

promis de se conformer aux sages règlements qui seront faits pour déterminer leurs fonctions et les indemniser de la perte de leur

temps, selon les circonstances à venir.

L'assemblée a été terminée par une tendre invitation de la part du pasteur à tous les paroissiens de persévérer dans la paix et la

charité, et de conserver pour lui un attachement qu'il a témoigné lui-même ressentir pour son troupeau.

Dans cette même assemblée, les marguillers ayant désiré reconnaître les services et les présents considérables des Messieurs

Desjardins en faveur de leur église, ont proposé la fondation de deux messes basses annuelles à perpétuité pour leur famille, aux frais

de la fabrique, l'une le 20 mars, l'autre le 1er mai, et qu'elles seront recommandées au prône.

La vive reconnaissance des marguillers et de tous les habitants se serait portée à des témoignages encore plus généreux et bien

plus étendus envers Messires Desjardins, s'ils n'avaient été retenus par la juste modération de leur pasteur, qui s'estimait très heureux

d'avoir pu mériter un souvenir durable dans les prières d'une paroisse qui lui était très chère, et qu'il ne quitta pas sans le plus profond

regret.

En effet, dans l'automne de 1801, M. Desjardins dut quitter Carleton et ses chères missions de la Baie des Chaleurs. Sa faible

santé ne lui permettait plus de supporter les fatigues et les dangers de ces longues et pénibles missions.

De retour à Québec, Mgr Denaut le plaça à la cathédrale, auprès de son ami et protecteur Mgr Plessis. Ce prélat avait une

affection particulière pour cette généreuse phalange de prêtres français, victimes de la révolution, qui avaient préféré l'exil que de

prêter serment à la constitution civile du clergé. En quittant la France, M. Desjardins avait renoncé à un canonicat dans la cathédrale

de Bayeux.

M. Desjardins devint curé d'office de la cathédrale de Québec, et, peu de temps après, il fut nommé chapelain de l'Hôtel-Dieu de

Québec.

Cependant, l'ancien missionnaire de la Gaspésie et de la Baie des Chaleurs continua de s'occuper de ses chères missions, dont il

s'était constitué le procureur et le pourvoyeur bienfaisant. Connaissant leur grande pauvreté et leur dénuement, il ne manquait jamais

de mettre à bord des bateaux pêcheurs qui retournaient après avoir vendu leur cargaison, des objets de toutes sortes pour les églises,

du linge, des ornements et jusqu'à des tableaux, dont plusieurs avaient quelque valeur au point de vue de l'art. C'est dans l'exercice de

cette charité qu'il passa les nombreuses années de son séjour à Québec.

Arrivé à l'âge de 80 ans, il parlait encore avec bonheur du ministère qu'il avait exercé au milieu des plus abandonnés.

Voici en quels termes parlait de ce vénérable vieillard M. Doucet, missionnaire à Percé, en 1845 :

" Le vénérable M. Desjardins ne cesse de penser à nous : il nous écrit souvent. Il nous envoie de petits présents pour nous

encourager ; il me dit qu'il quête pour nous le spirituel et le temporel. Je souhaite ardemment que Dieu conserve ses jours ; car

certainement, nous perdrons beaucoup en le perdant (20 déc. 1845).

" L'économe de nos missions, dit le même missionnaire, se montre jaloux de partager avec Votre Grandeur le bonheur de procurer

la gloire de Dieu en embellissant ses temples ; le même bâtiment qui a apporté vos effets a aussi reçu à mon adresse une caisse

préparée par ses soins et remplie de différents articles pour nos missions. C'est un grand encouragement pour moi dans la tâche de

réparer les chapelles et de les munir convenablement de tout ce qui concerne le culte." (24 août 1846).

Le 31 août 1848, M. Desjardins s'éteignait pieusement dans le Seigneur, plein de jours et de mérites, à l'âge avancé de 82 ans et

demi, et fut inhumé dans l'église de l'Hôtel-Dieu de Québec.

L'ABBÉ E.-P. CHOUINARD

N. B. - Mgr Tanguay, dans le Répertoire du clergé canadien, dit, en parlant de M. Desjardins : " Il a longtemps porté le nom de

Desplantes ; il n'a pris celui de Desjardins qu'à la mort de son frère."

C'est une erreur. A son arrivée en la Gaspésie, M. Desjardins signe, conjointement avec son frère, le grand-vicaire Desjardins, un

acte de baptême fait par Mgr Hubert, à Gaspé, le 31 juillet 1795, de son vrai nom de Desjardins, et ainsi dans tous les cahiers et

registres de ses missions qu'il a laissés.

E.-P. C.

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BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES VOL. 6 OCTOBRE 1900 No. 10

 

L'ordre sacré et militaire du Saint-Sépulcre. (VI, VIII, 737.) - L'origine de l'ordre du Saint-Sépulcre se perd dans la nuit des

temps. Charlemagne, Louis VI, Philippe le Sage, saint Louis, Philippe, roi d'Espagne, animés d'un grand zèle pour la foi catholique,

instituèrent à diverses époques de courageux chevaliers, soumis à certaines règles, dans le but de garder et de défendre contre les

attaques des infidèles la ville de Jérusalem et le sépulcre de Notre-Soigneur Jésus-Christ ressuscité.

Lorsque Godefroy de Bouillon, à la tête d'une nombreuse armée de croisés, s'empara de Jérusalem et en fut solennellement

proclamé roi, il créa parmi ses plus nobles compagnons des défenseurs du Saint-Sépulcre.

Plus tard, le pieux Beaudoin constitua le patriarche de Jérusalem grand maître et chef de cet ordre de chevalerie. Mais Jérusalem

retomba entre les mains des infidèles, et son pasteur ayant été obligé de prendre le chemin de l'exil, l'ordre de Saint-Sépulcre lui même

sembla menacer ruine.

Les papes, depuis Alexandre VI jusqu'à Benoit XIV, mirent tout en oeuvre pour augmenter la dévotion des fidèles envers le

Saint-Sépulcre. Pour exciter dans leurs coeurs l'amour pour les lieux saints, ils renouvellèrent les statuts généraux de l'ordre du

Saint-Sépulcre, et accordèrent que tant que le patriarche serait forcé de vivre en dehors, de son siège, des chevaliers du Saint-Sépulcre

pourraient être créés et institués par le gardien du mont Sion et le custode de la Famille Franciscaine dans la terre sainte. Mais il fut

décrété que, lorsque le patriarche de Jérusalem serait rétabli sur son siège, ce serait à lui qu'appartiendrait de nouveau, comme dans les

temps passés, par concession apostolique, cette institution et création des chevaliers du Saint-Sépulcre.

Lorsque Pie IX rétablit l'église patriarcale de Jérusalem, afin que les chrétiens fussent animés d'un saint-zèle pour défendre et

étendre la religion catholique dans la terre sainte, et afin que leur dévouement eût une récompense proportionnée à son mérite, il

résolut de relever la dignité de l'ordre du Saint-Sépulcre. Par sa lettre apostolique Cum Multa du 29 janvier 1858, après avoir

renouvelé les statuts généraux de l'ordre, il constitua qu'il se composerait à l'avenir de trois classes de chevaliers : les chevaliers de

1ère classe ou grand'croix, les chevaliers de 2e classe ou commandeurs et les simples chevaliers.

Bulletin des Recherches Historiques 1895-1968

Les grand'croix doivent être choisis parmi les personnages de premier rang : les princes, tant ecclésiastiques que séculiers, les

ministres, les ambassadeurs, les évêques, les généraux d'armée, etc, etc.

La décoration de l'ordre du Saint-Sépulcre consiste en la croix dite de Godefroy de Bouillon, formée de cinq croix en or émaillées

de rouge sang. La croix du milieu, à l'exclusion des autres quatre collatérales, doit être potencée. Elle ne doit être surmontée d'aucune

couronne en mémoire du pieux Godefroy de Bouillon, qui refusa de porter la couronne royale là où la tête du Sauveur avait été ceinte

de la couronne d'épines. Cette croix est supportée par un ruban de soie moirée noire.

Les grand'croix ont seuls le droit de porter la plaque d'argent ornée de la croix. Ils la portent suspendue à une grande bande de

soie noire moirée et mise en écharpe de l'épaule droite au flanc gauche ; les commandeurs portent la croix suspendue en sautoir par un

ruban de moindre dimension ; "les simples chevaliers la portent en format plus petit et suspendue à la boutonnière.

L'uniforme est commun aux trois classes, quant à la forme et à la couleur, drap blanc avec cuirasse, collet, parements noirs, plus

ou moins ornés, selon le grade.

Les conditions requises pour, obtenir la croix du Saint-Sépulcre sont :

1º Profession et pratique de la religion catholique jointe à une conduite honorable et irréprochable.

2º Noblesse de naissance ou au moins une position sociale telle qu'on puisse vivre more nobilium.

3º Importance de mérites personnels acquis par des services rendus à la religion, surtout en terre sainte.

Tout chevalier, lorsqu'il est admis, doit verser dans le trésor de l'ordre une offrande, exclusivement destinée au maintien du

patriarcat, de ses missions et de toutes les oeuvres confiées à son administration.

Les devoirs des chevaliers du Saint-Sépulcre sont :

1º Vivre en bon chrétien, évitant tout ce qui pourrait être une tache pour le nom de chevalier de Jésus-Christ. De plus, ne cesser

de se livrer à la pratique des bonnes oeuvres et à l'acquisition de toutes les vertus, afin de se montrer de jour en jour plus digne de

l'honneur qu'on lui a fait, et faire resplendir davantage en sa personne, la dignité de la religieuse milice dont il porte les insignes.

2º S'appliquer avec zèle et dévouement au soutien et au développement du catholicisme en Terre-Sainte, particulièrement dans le

but de défendre et conserver les droits des catholiques sur les Lieux Saints.

Chevaliers grand'croix : - Mgr J.-Thomas Duhamel, Ottawa, 1882 ; Comte de Premio-Réal, Québec (1).

Chevaliers commandeurs : - E. Lefebvre de Bellefeuille, Montréal ; Dr J.-E. Landry, Québec ; Hon. A. C. P. R. Landry, Québec.

Chevaliers : - L.-A. Huguet-Latour, Montréal, 1881; "U.-E. Archambault, Montréal, 1882 ; Edward Murphy, Montréal, 1882 ;

P.-P.-E. Smith, Québec, 1882 ; F.-R.-E. Campeau, Ottawa, 1883 ; Jean-Elie Martineau, Québec ; Hon. Dr C.-E. Casgrain, Windsor,

Ont ; S. Bingham, Ottawa, 1897 ; Heney, Ottawa ; Hon. George Couture, Lévis ; Martineau, Fall River, E. U ; Dr Berthelot, Montréal

; Clément Vincelette, Beauport ; François Kirouac, Québec ; J.-A. Langlais, Québec.

P.-G. R.

_____

(1) M. le comte de Premio-Réal reçut son diplôme d'investiture, à Rome.

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BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES     VOL. 8 JUILLET 1902 No 7

LICENCIÉS DES BUREAUX MÉDICAUX DU CANADA-EST DE 1788 À 1848

Louis-E. Landry.......................................... 11 nov. 1839

.................................................

Jean Landry ............................................ 15 juillet 1840

 

 

BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES     VOL. XI AOUT 1905 No 8

LA MILICE CANADIENNE-FRANÇAISE A QUÉBEC EN 1775

MILICIENS

Rue des Grisons, Cartier de la Citadelle

....................

Louis Charland, père, cordonnier

Gabriel Landry, idem

Joseph Caron, journalier

Faubourg St-Roch

Joseph Gosselin, charpentier

Amand St-Martin, idem

Jacques Badau, idem

Jean Landry, idem

Charles Renaud, maçon

 

 

BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES         VOL. XII JANVIER 1906 No 1

 

Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand. (VI, VIII, 737.) - C'est le 1er septembre 1831, que le pape Grégoire XVI fonda l'ordre de

Saint-Grégoire-le-Grand, pour récompenser le courage militaire et le mérite civil.

L'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand est divisé en quatre classes: les grand'croix de première classe, les grand'croix de seconde

classe, les commandeurs et les chevaliers.

Les grand'croix de première classe portent en sautoir un grand ruban rouge liseré de jaune qui soutient, sur le flanc droit, la

décoration de l'ordre. Sur la poitrine, se met un crachat ou plaque, qui est la même décoration entourée de rayons.

Les grand'croix de seconde classe portent la croix au cou et une plaque ou crachat, mais sans rayons.

Les commandeurs ont la croix suspendue au cou par une cravate rouge liserée de jaune.

Les chevaliers portent une petite croix à la boutonnière.

La décoration de Saint-Grégoire-le-Grand est une croix à huit pointes en émail rouge. Au centre, dans un cercle en émail bleu, se

Bulletin des Recherches Historiques 1895-1968

détache en or la tête de saint Grégoire avec la colombe traditionnelle, et tout autour de ce cartouche, les mots Sanctus Gregorius

Magnus. Derrière : Gregorius XVI. P. M. Anno I. Pro Deo et Principe.

Le costume se compose d'une tunique vert sombre avec des ornements en argent représentant des feuilles de chêne. L'épée se

termine par une garde de nacre avec la dragonne en or. Le chapeau est un claque à plumes noires.

Les Canadiens suivants ont été faits membres de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand :

COMMANDEURS

............

Jean-Etienne Landry, Québec.

Abel-Frédéric Gauthier, Québec.

Hon. Thomas-Jean-Jacques Loranger, Montréal.

Sir Etienne-Paschal Taché, Montmagny, 1862.

Sir Hector Langevin, Québec, 1870.

Sir William Hingston, Montréal, 1875.

Sir Adolphe Chapleau, Montréal, 1881.

Hon. Philippe Landry, Québec, 1883.

Hon. Gédéon Ouimet, St-Hilaire de Rouville, 1886.

...............

 

 

BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES       VOL 13 JUILLET 1907 No 7

Les ouvrages canadiens sur l'alcoolisme. (XII, IX, 1163.) - Addenda aux listes publiées dans les livraisons de janvier, février,

mars, avril et juin des Recherches Historiques :

Le Moniteur. Journal de tempérance. Publié une fois par mois, sous la direction de l'association formée à Québec, dans la vue spéciale

de répandre des renseignements contre l'intempérance, in-12 de 26 pp. - 1831. J'en ai vu un seul numéro, qui paraît être le premier.

The Canada Temperance advocate. Devoted to Temperance, Agriculture and Education. Montréal. Printed by Campbell and Becket.

1841. - Revue mensuelle in-4 de 16 pp. Premier numéro parut au mois d'août 1841.

Total Abstinence, considered as one of the greatest promoters of Domestic Happiness, etc, in an address delivered in the Lecture

Hall, Anne St, Quebec, at the request of the knights of Temperance, 5th September, 1854 By William Steward Smith, Esq., Rector of

the High School of Quebec. Quebec, R. Middleton, 1854, 24 pp. in-8.

Landry (A. C P. R). Boissons alcooliques et leurs falsifcations. Ste-Anne de la Pocatière, 1867, 33 pp. in-8.

R. P. HUGOLIN, O. F. M.

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BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES   VOL. XIV FÉVRIER 1908 No 2

 

UN ÉPISODE DE L'EXPULSION DES ACADIENS

Dans son Histoire de la paroisse de Sainte-Anne des Plaines, M. l'abbé G. Dugas, parlant de Charles Dugas, son trisaïeul, dit:

" Avant d'arriver au Canada, le père d'Alexandre Dugas avait été jeté sur un vaisseau avec d'autres familles acadiennes et dirigé

vers Boston. Le long du voyage, Dugas (Charles), Granger, Guilbault et Saint Cerre (sic pour Saint Sceine, aujourd'hui ortographié

Sincennes) parvinrent à s'emparer de l'équipage et remirent à la voile pour gagner la rivière Saint-Jean, en Acadie. Plus tard ils

émigrèrent de là à Québec, enmportant dans leur coeur, comme tous les Acadiens, une bonne dose de rancune contre l'Angleterre."

Les mots entre parenthèse sont de moi. Il y avait à bord de ce vaisseau 32 familles acadiennes qui y avaient été embarquées le 4

décembre 1755, à Port-Royal, pour être emmenées en exil.

Le capitaine Abraham Adams, commandant de la goëlette le Warren, écrivant d'Annapolis Royal, le 8 décembre 1755, au colonel

John Winslow, alors à Halifax, dit : "A cinq heures, ce matin la flotte a fait voile de la rade par un bon vent. Nous avons embarqué

1664 personnes à bord de deux navires, trois senaus et un brigantin partis de l'Ile-aux-Chèvres sous le convoi du sloop de guerre le

Baltimore. Du nombre des habitants du haut de la rivière environ 300 se sont sauvés dans les bois, et le reste a été expatrié à la grande

mortification de quelques-uns de nos amis."

C'est donc le 8 décembre, fête de l'Immaculée Conception, que les six vaisseaux emportant plus des trois quarts de la population

du Port Royal sortirent de la rade, les uns à destination de Boston, de la Caroline du Sud, les autres de New-York et du Connecticut.

Comme chacun le sait, c'est du mois d'octobre 1755 jusqu'à la fin de décembre de la même année, qu'a eu lieu la déportation des

Acadiens de leurs paisibles foyers. Sept mille de nos pères furent embarqués sur des navires et envoyés aux quatre vents du ciel,

même en déduisant de ce nombre les quelques centaines qui échappèrent d'un ou deux de ces bâtiments.

Un des senaus envoyés à Port-Royal pour en transporter les habitants avait essuyé une grosse tempête avant d'arriver à l'ancienne

capitale de l'Acadie. Son grand mât fut cassé et Charles Belliveau, constructeur de navires et habile navigateur, fut forcé par les

autorités anglaises d'Annapolis de remplacer sous le plus court délai ce mât par un neuf, ce qui fut fait. Lorsque Charles Belliveau en

réclama le paiement le capitaine lui rit au nez, mais il changea bientôt de ton quand il vit le charpentier acadien s'apprêter à abattre le

mât. Il lui remit aussitôt le prix convenu.

Mais, ironie du sort, quelques semaines plus tard Charles Belliveau fut embarqué à bord du même senau qui avait cassé son grand

mât.

On a vu que le sloop de guerre le Baltimore accompagnait le convoi sorti de la rade du Port Royal, le 8 décembre. Il le suivit

jusqu'à New-York, et en se séparant du dernier navire, celui à destination de la Caroline du Sud, le commandant du Baltimore dit au

capitaine du bâtiment à bord duquel se trouvait Charles Belliveau, de bien prendre garde, car parmi ses prisonniers il y avait de bons

marins.

Cet avis ne fut pas écouté, et le capitaine comptant sur la bravoure de ses huit hommes d'équipages laissait, à tour de rôle, monter

sur le pont une demi douzaine d'Acadiens à la fois.

Les semaines succédaient aux jours et cependant le senau continuait sa route. Fatigués de ce long voyage les prisonniers, après

s'être concertés, résolurent de s'emparer du bâtiment. Six des plus braves et des plus robustes furent désignés pour opérer cette

capture.

Lorsque ceux qu'on avait laissé sur le pont reçurent l'ordre de descendre à la cale, et qu'on cria à six autres de monter, les six forts

à bras, à la tête desquels se trouvait Charles Belliveau, sautèrent sur le pont et en un tour de main une partie de l'équipage fut garottée,

et comme l'écoutille était restée ouverte, cela permit à d'autres Acadiens d'aller au secours de ceux qui étaient aux prises avec les

Anglais.

Se voyant maître du senau Charles Belliveau en prit la barre. Le bâtiment avait alors plein vent arrière et Belliveau fit aussitôt

Bulletin des Recherches Historiques 1895-1968

virer le navire vent de bout. Le capitaine anglais lui cria qu'il allait faire casser le grand mât. " Tu as menti, puisque tu sais que c'est

moi qui l'ai fait et qu'il est bon," lui répliqua Charles Belliveau.

Le nouveau capitaine, quelques jours avant d'arriver à l'entrée de la rivière St-Jean, débarqua l'équipage anglais, et atteignit le

port de St-Jean le 8 janvier 1756.

Le récit de cette capture m'a été fait, au mois de janvier 1885, par un octogénaire acadien fort intelligent et doué d'une mémoire

prodigieuse, feu François à Jospiau Belliveau, dont le grand-père, Pierre Belliveau dit Piau, était le frère de Charles Belliveau dont je

viens de parler. Jean Belliveau, frère de Charles et de Pierre, fut un des premiers colons de la Baie Ste-Marie.

Voici deux autres versions de cette prise. La première a paru dans le Foyer domestique, au cours de l'année 1877, sous la rubrique

de Notes sur Yamachiche, par l'abbé N. Caron. On y lit:

Le vaisseau qui portait les Acadiens dont nous parlons alla les déposer à Boston. Ils y demeurèrent deux ans, puis ils se

rembarquèrent pour de nouvelles aventures. Ce second vaisseau devait les porter à la Martinique. Cette déportation à la Martinique ne

leur souriait que peu. Lorsqu'ils furent en pleine mer ils s'entendirent entre eux, et comme ils étaient en plus grand nombre, ils

méditèrent un coup de main pour conquérir la liberté de choisir le lieu de leur exil. Ils firent le capitaine prisonnier dans sa chambre et

mirent ainsi la main sur divers employés. Un nommé Doucet se mit à la barre du vaisseau, les autres remplirent les fonctions de

matelots, et l'on vogua sur le port de Québec."

L'autre version est due à la plume de feu M. L. U. Fontaine, en son vivant avocat à Montréal; on la trouve à la page 471 de

l'ouvrage de M. H.-J.-J.-B. Chouinard, Fête nationale des Canadiens français célébrée à Québec en 1880.

Voici:

" Parmi les Acadiens qui se sont établis en Bas-Canada, en suivant la route du St-Laurent, et de la Gaspésie, on aime à

mentionner ces braves, qui s'emparèrent du vaisseau où ils étaient enfermés, pour être déportés. C'était l'élite des proscrits, par le

coeur, la force et la valeur. Comme leurs cousins les Gaulois, ils ne craignaient qu'une chose : que le ciel tombât sur eux. " Où nous

menez-vous, dit Louis Fontaine dit Beaulieu, au capitaine qui avait le commandement du vaisseau anglais ? Dans une île déserte,

répondit ce dernier, afin d'être plus vite débarrassés de.... comme vous.... " Un superbe coup de poing, fut la réponse de Beaulieu.

L'Anglais tomba à la renverse; ses gens vinrent à sa rescousse; on voulait se défendre, mais il était trop tard. En moins de cinq

minutes, tout l'équipage anglais fut terrassé, garrotté et mis en lieu sûr; puis, on se dirige sur Québec, sous la conduite de Louis

Fontaine, connu de ses contemporains sous le nom de capitaine Beaulieu."

Comme il a été fait par les Acadiens, plus d'une prise de navires anglais, à l'époque et dans les années qui suivirent l'expulsion, je

ne conteste nullement à Louis Fontaine, dont j'aurai occasion de donner l'origine prochainement, ou à Doucet l'honneur d'un si bel acte

de bravoure.

Mais je maintiens que la capture qu'ils firent n'est pas la même que j'ai racontée plus haut et dont le héros est Charles Belliveau.

J'ai raconté tantôt comment s'est effectuée, en pleine mer, entre New-York et la Caroline du Sud, la capture d'un vaisseau parti de

Port-Royal le 8 septembre 1755, emmenant en exil 32 familles acadiennes. Ce navire fut ensuite ramené à l'entrée de la rivière

St-Jean, où il arriva le 8 janvier 1756.

Quatre documents de l'époque font mention de cette prise. Citons d'abord un extrait d'une lettre de l'abbé Le Guerne, datée de

Bélair vers Cocagne, le 10 mars 1756.

Parlant de Boishébert qui avait son camp au Cap de Cocagne, l'abbé Le Guerne dit:

"....... De nouveaux incidents l'ont rappelé incessamment à la rivière St-Jean. Le 8 janvier (1756), il y est arrivé un petit navire

chargé de 32 familles de Port Royal qui faisaient nombre de 225 personnes. On les emmenait à Boston [c'est à la Caroline du Sud qu'il

faut lire], mais s'étant écarté d'un gros bâtiment qui les convoyait, ils se rendirent maîtres du navire où il n'y avait que huit personnes

d'équipage, et arrivèrent heureusement à la rivière St-Jean, où ils savaient trouver un refuge.

Cette prise fut suivie de près d'une autre dont nous regrettons le mauvais usage. Les Sauvages en ont débarqué les meilleurs effets

et ont conduit le bâtiment à la rivière St-Jean, mais il n'y restait plus qu'une petite quantité de lard et de rhum. Dix Sauvages surprirent

de nuit une grosse goëlette dans le havre de l'Etang. Cette prise était riche, elle contenait des effets, des provisions pour les officiers du

Port Royal.......

" Le 9 février (1756), un bâtiment anglais mouilla sous pavillon français dans le havre de la rivière St-Jean, et ayant aperçu deux

bâtiments qui passaient par hasard, il envoya quatre déserteurs français à terre qui feignirent qu'ils étaient suivis de plusieurs navires

français, qu'ils venaient tous de Louisbourg pour prévenir l'anglais qu'on savait dans le dessein de s'établir bientôt dans la rivière

St-Jean et qu'ils cherchaient un praticien [pilote] de l'endroit pour mouiller dans le fond du havre. Des gens plus rusés auraient aperçu

le danger qu'il y avait à s'engager. Un de nos malheureux Acadiens donna directement dans le piège, tout visible qu'il était.

Sitôt qu'il fut à bord, l'Anglais mit son pavillon et l'assura d'un coup de canon. Les familles du Port Royal dont j'ai déjà fait

mention étaient cabannées au voisinage, on les a fait passer dernièrement au haut de la rivière, et ayant accouru au bruit, ils [sic]

s'aperçurent que l'Anglais s'approchait pour enlever le bâtiment où ils s'étaient sauvés. Sans perdre de temps, ils en débarquèrent

quelques pierriers et les ayant placés avantageusement et apporté toutes les armes qu'ils pouvaient avoir ailleurs, ils firent un tel feu

sur l'Anglais qu'il fut contraint de se sauver comme il était venu. Ce bâtiment venait en apparence de Port-Royal pour chercher des

nouvelles. Tous ces événements demandaient la présence de M. de Boishébert. Il est donc parti de Cocagne le 15 février [1756],

laissant à sa place M. de Grandpré de Niverville, son second, avec un nombre de Sauvages pour continuer à harceler l'ennemi et pour

y favoriser l'évasion des habitants (sur l'Ile St-Jean)."

A présent, voyons ce que dit M. de Vaudreuil, gouverneur du Canada, dans une lettre au ministre, en date du 1er juin 1756:

Le 8 février (l'abbé LeGuerne dit le 9) un bâtiment anglais vint dans le bas de la rivière St-Jean. Il fit des signaux français et

envoya sa chaloupe à terre pour demander un pilote, disant qu'il venait de Louisbourg chargé de vivres. Un Acadien eut la légèreté

d'aller à son bord, mais il n'y fut pas plus tôt que le capitaine fit hisser son pavillon et fit une décharge de son artillerie sur les

Acadiens qui étaient à terre, après quoi il se rendit dans le havre. Mais les Acadiens s'embusquèrent et firent un feu si vif de leur

mousqueterie qu'ils l'obligèrent à s'en retourner à Port Royal.

" Les Anglais ayant pris et fait embarquer de force à Port Royal 36 familles acadiennes (32, dit l'abbé LeGuerne) faisant nombre

de 226 personnes dans un bâtiment portugais, pour aller à la Caroline (l'abbé LeGuerne dit à Boston, mais il se trompe évidemment),

ces Acadiens se révoltèrent, et s'étant rendus maîtres du bâtiment le ramenèrent à la rivière St-Jean le 12 février. (Vaudreuil est

certainement dans l'erreur, car c'est le 8 janvier qu'il faut lire). M. de Boishébert n'a pu éviter de le faire brûler parce que le vaisseau

anglais qui l'escortait n'était pas éloigné et qu'on craignait qu'il le prit."

Vaudreuil se trompe de nouveau. Le senau pris par les familles de Port-Royal et ramené au havre de St-Jean ne fut pas brûlé par

les ordres de Boishébert, puisque celui-ci était alors au Cap de Cocagne. Ce sont les Acadiens eux-mêmes qui le brûlèrent, nous

apprend Lawrence dans une lettre datée de Halifax le 18 février 1756, au gouverneur Shirley. Voici ce que raconte l'auteur de

l'expulsion à son compère de Boston:

" J'ai envoyé récemment un parti de Rangers dans une goëlette à la rivière St-Jean. Comme les hommes étaient habillés en soldats

Bulletin des Recherches Historiques 1895-1968

français et que la goëlette portait le pavillon de France, j'espérais par cette déception non seulement découvrir ce qui se passait là,

mais encore prendre et amener ici quelques Sauvages de la rivière St-Jean. L'officier commandant y trouva un navire anglais, un de

nos bâtiments qui était parti d'Annapolis Royal chargé d'habitants français à destination du continent. Mais les habitants s'étant

emparés du capitaine et de l'équipage l'avaient ramené dans ce port. Nos gens l'auraient repris si par accident ils ne s'étaient faits sitôt

connaître. Les Français ont alors mis le feu au navire. Nos hommes ont ramené avec eux un Français (Acadien) qui dit n'y avoir pas eu

de Sauvages depuis quelque temps. Il nous apprend que quelques uns sont avec de Boishébert à Gédaique (sic, pour Cocagne) et le

reste est à Passimaquadie. Il nous dit aussi qu'un officier français et environ une vingtaine d'hommes sont à 23 milles en haut de la

rivière, à un endroit appelé Ste-Anne."

Comme Ste-Anne se nomme aujourd'hui Fredericton, et que de la ville de St-Jean à la capitale du Nouveau-Brunswick la distance

est de 85 milles, il est évident que Lawrence a été induit en erreur par son prisonnier acadien.

Qu'est devenu ce captif? Quel est son nom ? Mystère. La tradition dit que c'est-à- Charles Belliveau, le héros qui s'était emparé

avec ses compagnons du senau qui les transportait à la Caroline du Sud. C'est possible, mais j'en ai des doutes fort sérieux.

Quoi qu'il en soit, Charles Belliveau, dont il est question ici, naquit à Port-Royal vers 1696, de l'union de Jean Belliveau, le jeune,

et de Marie-Madeleine Melanson. Le 3 novembre 1717, il épousa, à la Grand-Prée, Marguerite Oranger, née en 1699, fille de René

Granger et de Marguerite Therriot, avec dispense du quatrième degré de consanguinité. Sa femme est décédée à Port-Royal le 1er mai

1750.

Voici les enfants issus de ce mariage:

Marguerite, née le 9 novembre 1718, à Port-Royal, où elle fut inhumée le 17 février 1724.

Marie-Joseph, née le 26 janvier 1721; mariée le 1er mars 1745, à Port Royal, à Pierre Pellerin, fils de Bernard et de Marguerite

Gaudet. Pierre Pellerin, devenu veuf, épousa, en octobre 1762, Cécile Boudreau, veuve de Jean Bte Pitre, et fut inhumé à St-Grégoire

de Nicolet, le 27 avril 1809.

Anne, née le 20 mars 1723; mariée le 6 février 1742, à Claude Landry, fils de Claude et de Marie Babineau.

Madeleine, née le 14 juin 1725. Je trouve une Madeleine Belliveau mariée à Pierre Loiseau, mais je ne saurais dire si c'est la

même.

Anonyme, né le 26 avril 1727, et inhumé le lendemain.

Marguerite, née le 15 novembre 1729. C'est peut-être la femme de Louis Doucet.

Charles (surnommé Chaillot), né le 12 octobre 1731 ; marié le 20 janvier 1755, à Osite Dugas, née le 19 décembre 1784 (?), fille

de Claude Dugas et de Marie-Joseph Melanson. Cette Osite Dugas est décédée à St-Jacques de l'Achigan, près de Montréal, le 20

janvier 1820. C'est la soeur de Daniel Dugas, né à Boston, le 6 octobre 1760, marié à L'Assomption, P. Q., le 13 août 1782, à

Marie-Louise Vaillant, et décédé à St-Jacques de l'Achigan, le 4 juin 1838. Ce Daniel est le bisaïeul du Révd. M. A. C. Dugas, curé de

St-Clet. Je serais très reconnaissant à celui qui aurait l'amabilité de me donner la nomenclature des enfants de Chaillot Belliveau et

d'Osite Dugas.

Pierre, né le 16 mai 1734. - On le trouve, un an ou deux après l'expulsion, dans le voisinage du Coude (aujourd'hui Moncton),

d'où, avec quatre braves compagnons, il se rendit à Tintamarre (Sackville) et s'empara de la goëlette que possédait son père, à

Port-Royal. J'ai raconté cet épisode de notre histoire, dans les colonnes du Moniteur Acadien, en février 1892. A l'automne de 1765 ou

au commencement de l'année 1766, Pierre Belliveau épousa civilement, faute de prêtre au pays, Anne Girouard, fille de Joseph et

d'Anne Doucet. Ce mariage fut ratifié à Pigiguit (Windsor) le 29 août 1768, par l'abbé Bailly. Le 12 juillet de la même année, et au

même lieu, l'abbé Bailly baptisa sous condition, Pierre Germain, né le 8 décembre 1766, de l'union de Pierre Belliveau et d'Anne

Girouard. Ce premier garçon est mort adolescent.

Pierre Belliveau est mort à Memramcook le 16 février 1820, et fut inhumé par l'abbé Isidore Poirier, le même qui fut plus tard

curé de Ste-Anne des Plaines.

Anne Girouard, veuve de Pierre Belliveau, est morte au même lieu, le 5 avril 1823, âgée d'environ 74 ans, par conséquent née

vers 1749. Elle était donc 15 ans plus jeune que son mari, et s'est mariée à 17 ans.

De ce mariage sont issus sept enfants. Je n'en mentionnerai que trois, savoir : Marie, la deuxième des filles, épousa Jean Bourque,

de Menoudie. C'est la bisaïeule de M. l'abbé Philippe L. Belliveau, curé de la Grand'Digue.

Jean, né en janvier 1779, et marié à Isabelle Gaudet. Il est le grand-père du Révd Père Philippe J. Belliveau, (frère du Dr L.-J.

Belliveau de Shédiac), du Dr Sifroi Beliveau, de Boston, et le bisaïeul du Révd Père Philias F. Bourgeois.

Laurent, marié à Isabelle Melanson, est le grand-père du Révd P. Hyppolite-D. Leblanc, C. S. C., professeur de musique à

l'Université du Collège St-Joseph.

Charles Belliveau et Marguerite Granger eurent deux autres enfants, savoir : Cécile, née le 4 août 1737, et Modeste, née le 8 mai

1739. J'ignore ce qu'elles sont devenues.

* * *

Il me reste un dernier document se rapportant à cet épisode. C'est une lettre datée de la rivière St-Jean, le 31 juillet 1756, et

portant les signatures de Denis St-Sceine, Charles Dugal, Joseph Guilbaud, Pierre Gaudreau et Denis St-Sceine, fils, " au nom de tous

les autres habitants à la rivière St-Jean."

Ces " habitants " étaient les 32 familles de Port-Royal qui arrivèrent au port de St-Jean, le 8 janvier 1756, et dont il a été question

plus haut.

C'est le Père LaBrosse, jésuite, qui leur servit de secrétaire. La lettre est adressée à l'abbé Daudin, dernier curé de Port-Royal.

Mais il ne put la lire, car il était mort lorsqu'elle arriva en France.

J'en détache le passage suivant:

" Le reste des habitants (de Port-Royal) a été embarqué dans six navires le 4 décembre ; cinq de ces navires ont fait voile vers les

côtes de Boston et de la Caroline, les gens du Cap, les Boudrault, Charles du Gas et les Guilbault, deux familles des Granger qui

étaient dans un de ces navires, se sont révoltés et sans aucune défense des Anglais, se sont rendus maître du navire et sont arrivés

heureusement à la rivière St-Jean, d'où nous avons l'honneur de vous écrire présentement ... Nous avons été attaqués par un corsaire

anglais qui nous poursuivait dans notre fuite; nous l'avons contraint de se retirer après un petit choc, sans aucune perte de notre côté."

Par " les gens du Cap ", il faut entendre Charles Belliveau, etc.

En effet, c'est précisément au Cap de Port-Royal que se trouvait l'habitation de Charles Belliveau. J'ai quelque part dans mes

paperasses une liste donnant les noms des habitants de cet endroit, et je me rappelle très bien que celui de Charles Belliveau y est.

J'ai fait connaître tantôt qui était Charles Belliveau, et quels furent ses descendants. Voici quelques renseignements sur la famille

St-Sceine, dont il est question dans l'extrait de la lettre que je viens de citer.

La tige de ce nom en Acadie fut un médecin nommé Denis Petitot dit St-Sceine, qui épousa à Port-Royal, en 1689, Marie

Robichaud, née en 1672, fille d'Etienne et de Françoise Boudreau.

Je ne connais que quatre enfants issus de ce mariage, savoir :

Bulletin des Recherches Historiques 1895-1968

Denis, né en 1690 ; marié à Port Royal, le 23 avril 1711, à Marguerite Landry, fille de Claude et de Marguerite Terriot.

C'est le Denis St-Sceine dont le nom figure le premier parmi les signataires de la lettre à l'abbé Daudin. Il fut inhumé à Québec, le

31 janvier 1758 "âgé de 65 ans ", dit le registre. C'est 68 qu'il faut lire.

Marie, née en 1692 ; décédée, non mariée, à Port Royal, le 21 juillet 1746, âgée de 54 ans.

Madeleine, mariée, à Port Royal, le 22 janvier 1714, à Jean Melanson, fils de Charles et de Marie Dugas.

Charles Melanson, issu de ce mariage, le 19 janvier 1725, épousa, à Port Royal, le 17 janvier 1746, Anne Breau, et presque tous

les Melanson des comtés de Westmoreland et de Kent sont ses descendants.

Jean, autre enfant issu de ce mariage, le 9 janvier 1728, épousa, à Port-Royal, le 9 octobre 1753, Anne Landry, fille de Pierre et

de Marguerite d'Entremont. On le trouve, avec sa femme, au printemps de 1767, à Cherbourg, où il travaille en ce port du métier de

charpentier. Il reçoit de l'Etat une pension de 200 livres ($40), et sa femme qui était grabataire recevait 350 livres. (La livre française

d'autrefois est le franc de nos jours, soit 20 centins).

Denis, autre enfant, né le 28 avril 1733, faisait en Acadie le commerce de la pêche. Il est poitrinaire et très infirme et sa pension

est de 150 livres.

Madeleine, soeur des trois frères précédents, née le 24 septembre 1718, se maria le 23 janvier 1741, à Jean Granger, fils de

Laurent et de Marie Bourg. On la trouve également à Cherbourg, en 1767. Elle est attaquée de différentes maladies et très infirme. Sa

pension est de 150 livres. Jean, son fils, âgé de 26 ans, né le 14 novembre 1741, est avec elle, et va à la pêche du poisson frais. Il

reçoit une pension de 200 livres. Le 7 mai 1764, il a épousé à Cherbourg, Madeleine Mius d'Entremont, née à Pobomkou, en 1741,

fille de Joseph et de Marie Joseph Molaison. La pension de la femme de Jean Granger est de 300 livres. Jean Désiré Cyriaque

Granger, né le 31 mai 1848, petit-fils de Jean et de Marie-Mius d'Entremont, a écrit de Cherbourg plusieurs lettres à mon vieil ami, M.

Hilarion d'Entremont, de Pubnico, son parent. C'est ce M. Granger qui a les armes de la famille d'Entremont.

Marie Melanson, née le 1er septembre 1714, fille aînée de Jean Melanson et de Madeleine Petitot St-Sceine, épousa en 1732,

Joseph Bergeron, du Village Ste-Anne, à la rivière St-Jean. Il y a de ses descendants dans la province de Québec.

Anne Melanson, sa soeur, baptisée à Port-Royal, le 9 juin 1716, est à Cherbourg en 1767. J'ignore quel fut son premier mari. Mais

en 1767 on la trouve remariée à Eustache Paré, natif de Louisbourg, âgé de 43 ans, et recevant une pension de 150 livres. Le document

d'où je tire ces renseignements sur les Acadiens à Cherbourg, en 1767, dit qu'il va à la pêche du poisson frais, et qu'il était mariée en

première noces à Nastasie Bellefontaine, celle qui a été massacrée à la rivière St-Jean par les Anglais, avec trois de ses enfants.

Pierre Paré dit Laforest, père d'Eustache ci-dessus, soldat à Port Royal, épousa au dit lieu, le 3 février 1707, Jeanne Dugas, fille

de Claude et de Françoise Bourgeois.

Marguerite Melanson, autre soeur des précédentes, née le 7 avril 1722, épousa, à Port-Royal, le 23 janvier 1741, Jean Belliveau,

né le 3 novembre 1713, fils d'Antoine et de Marie Terriot. Ce ménage fait baptiser à Port-Royal les enfants suivants : Joseph, né le 3

novembre 1741, marié à Bécancour le 5 janvier 1772, à Rosalie Richard, fille de Joseph et de Françoise Cormier, et fut inhumé à

Nicolet le 26 septembre 1795, Charles, né 20 mai 1744 ; ...... 1746. Pierre, né le 25 mars 1748 ; Marguerite, née le 22 avril 1750 ;

Jean, né en 1752 (?); David, né en 1754 (?); François, né à la Nouvelle-Angleterre en 1756 (?), marié à Nicolet le 5 février 1787 à

Marie-Anne Poirier (Acadienne) ; Madeleine, mariée à Nicolet le 29 janvier 1787, à François Hély, et Marie, " née dans le

gouvernement de Boston, le 27 mars 1762," fut baptisée à Québec le 4 juillet 1767. Le sort de Pierre, né le 13 juin 1730, et

d'Elizabeth, née le 10 septembre 1735, autres enfants de Jean Melanson et de Madeleine Saint-Sceine, m'est inconnu.

Quant à Anne Saint-Sceine, la dernière des

 

BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES      VOL. XXIV BEAUCEVILLE - OCTOBRE 1918 No. 10

L'hymne National des Acadiens

Le 15 août 1884, les Acadiens avaient leur deuxième convention nationale à Miscouche, île du Prince-Edouard. C'est à cette

convention que les Acadiens se choisirent un drapeau, le tricolore, avec une étoile dans le bleu. L'étoile, c'est celle de Marie, patronne

des Acadiens.

Dans son livre, LE PERE LEFEBVRE ET L'ACADIE, le sénateur Poirier écrit:

"Un air national fut aussi adopté à la convention de Miscouche, l'air grégorien de l'AVE MARIS STELLA. Quant aux paroles,

elles étaient toutes trouvées ; c'est l'élégie suave et mélancolique plaintive de Gérin-Lajoie, dont la mesure s'adapte au rythme

religieux:

UN ACADIEN errant,

Banni de ses-foyers,

Parcourait en pleurant

Des pays étrangers.

* * *

Un jour triste et pensif,

Assis aux bords des flots,

Au courant fugitif

Il adressait ces mots

* * *

Si tu vois mon pays,

Mon pays malheureux,

Va dire à mes amis

Que je me souviens d'eux.

* * *

Pour jamais séparé

Des amis de mon coeur,

Hélas ! où je mourrai,

Je mourrai de douleur.

"Ce chant est une COMPLAINTE acadienne, d'inspiration tout acadienne, composée par M. Gérin-Lajoie, quelque temps après sa

tragédie en trois actes de CHARLES LATOUR. Le mot "Canadien" dans le premier vers, fut, par le peuple, substitué au mot

"Acadien", de l'original."

M. le sénateur Poirier, qui était un des principaux figurants à cette convention de Miscouche, ne nous dit pas par une délicatesse

et une humilité que nous comprenons et apprécions, qui suggéra l'air adopté ce jour-là comme hymne national des Acadiens.

Nous ne sommes pas tenu à la même discrétion. D'après le MONITEUR ACADIEN du 21 août 1884, c'est le sénateur Poirier qui

eut cette religieuse et patriotique idée. Citons plutôt:

"Au moment où les délégués allaient se séparer, M. l'abbé Richard annonce qu'il est en mesure de leur faire voir un échantillon du

drapeau national adopté par la Convention. Des hourras frénétiques accueillent cette proposition. M. Richard et le Père Cormier

déploient, par un silence solennel, devant un auditoire ému, un superbe drapeau tricolore, orné de l'étoile aux couleurs pontificales.

L'enthousiasme est universel, de bruyantes acclamations saluent l'étendard national que l'on voit pour la première fois. De toutes parts

on demande une chanson, les uns suggérant la Marseillaise, lorsque M. Richard entonne d'une voix grave et solennelle l'AVE MARIS

STELLA que tout le monde répète après lui. C'était un spectacle admirable, saisissant. Le GOD SAVE THE QUEEN succède à l'AVE

MARIS STELLA, puis M. Richard, prenant la parole, exprime l'espoir que nos musiciens nous donneront bientôt un air national.

"M. Pascal Poirier, interrompant M l'abbé Richard, demande la parole pour quelques instants. Plus que tous les autres il est ému.

D'une voix frémissante il nous annonce que pour lui l'air national des Acadiens est tout trouvé, et trouvé d'une manière merveilleuse

qui montre le doigt de Dieu, l'intervention de Marie, notre patronne. Cet air que nous cherchions, que nous implorions, il vient de

retentir à nos oreilles, il vient d'éveiller dans nos coeurs les plus douces et les plus suaves sensations. C'est l'air de l'AVE MARIS

STELLA, qui se chante dans toutes nos églises et que l'on entend si souvent dans nos chaumières ; la salutation de l'Eglise à Marie,

patronne des Acadiens.

"A ce moment des transports d'allégresse éclatent sur toutes les figures, tous les coeurs battent bien haut dans les poitrines. M.

Poirier avait frappé juste et sa parole éloquente et enflammée avait porté la conviction dans tous les esprits, embrasé tous les coeurs.

"M. l'abbé Richard, M. Landry, M. l'abbé Hébert, M. Olivier LeBlanc, se lèvent tour à tour pour exprimer les sentiments qui se

pressent dans leur âme. Ce fut un concours de patriotisme, d'enthousiasme, de foi, une éclosion soudaine de sentiments aussi

remarquables par l'élévation que par la justesse.

"Le président soumit la proposition à l'assemblée qui l'adopta au bruit des acclamations enthousiastes de la délégation. On chanta

de nouveau l'air désormais national de l'AVE MARIS STELLA; jamais hymne ne fut chanté avec plus d'entrain."

________________________________________

 

 

LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES  VOL. XXVII BEAUCEVILLE - AOUT 1921 No. 8

HABITANTS DE LA VILLE DE QUEBEC, 1770-1771

RUE ST-JOSEPH

Durand, Pierre ; Duga, Joseph ; Beliveau, Jean ; Duga, Jacques ; Beliveau; Joseph ; Goulle, Joseph ; Sasseville, François ; Ratté,

Ignace; Badeau, Fabien ; Landry, Jean ; Barbeau, Ve ; Badeau, Jacques, Renaud, Charles ; Vallet, Martial ; Pouliot, Ignace ;

Godeboux, Pierre ; Cordonnier, Jean; Tremblay, Louis; Trudel, Paul ; Fardin, Samuel ; Pampallon, Michel, fils ; Pampallon, Michel,

père ; Delail, Jean ; Lebon dt. Marchand, Ve. ; Trudel, Charles ; McClure, André ; Jalin, Charles ; Johns, William. 10e. Regt; Lafond

dt. Chavignon, Antoine ; Caillau, Jean ; Cardinal, Pierre ; Cardinal, Thomas ; Labreque, Pierre ; Lavigueur, Pierre ; Bourbeau, Joseph

; Melançon, Jean.

 

 

LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES VOL. XXVIII BEAUCEVILLE - JUIN 1922 No. 6

MIGRATIONS DU CHOLERA ASIATIQUE

REMARQUES PRELIMINAIRES

Tout profane que je sois en pareille matière, les professionnels me permettront sans doute d'en causer, en faisant abstraction du

point de vue scientifique.

D'ailleurs, la science elle-même n'a pas encore réussi à dénicher le microbe de cette maladie.

Ses symptômes et ses ravages sont évidents, mais son principe vital est encore inconnu.

L'humanité reste donc désarmée contre cet implacable torpilleur de la machine humaine.

C'est pourquoi tout mortel peut en causer, puisque le choléra est un sujet toujours actuel.

....................................

Le choléra de 1854, après avoir passé quelques jours à la Grosse-Isle, débarqua à Québec vers le 20 juin. S'il en eût été autrement,

on pourrait presque crier au miracle. Les faits suivants, relatés dans le rapport des docteurs Landry et Jackson, en sont la preuve.

Vers la mi-juin, deux navires partis de Liverpool chargés d'émigrés, jetaient l'ancre à la Grosse-Isle. L'un avait perdu pendant la

traversée plusieurs cholériques, et l'autre des malades de la rougeole, malgré les deux médecins d'office. Les malades furent

hospitalisés au Lazaret, et après avoir stationné là deux ou trois jours, les navires furent autorisés à conduire leurs passagers à

destination. Arrivés à Québec, le 17 juin, l'inspection médicale ne constata rien d'anormal. Le coupable ne lui avoua pas qu'il avait

couvé pendant son arrêt à la Grosse-Isle, et il fut permis aux passagers de circuler à Québec, de retourner prendre leurs repas et

coucher à bord des navires. On devine aisément ce qui arriva.

Le 20 juin, le choléra éclatait à la fois dans les deux bâtiments en rade. En un clin d'oeil, l'Hôpital de la Marine fut envahi par les

malades, et l'épidémie commença sa promenade à travers Québec et les paroisses voisines. Le choléra suivit l'itinéraire des

immigrants. Le 22 juin, il était à Montréal; le 23 à Hamilton; le 25 à Kingston et à Toronto, avant même que la population fut en

contact réel avec les émigrés. Caprice du choléra, ou impopularité du bagne de Kingston, je ne sais trop, il n'y entra que le 12 juillet

après s'être attardé dans la ville près de trois semaines. Mieux que cela, soit distraction ou une pitié dont il n'est pas coutumier, il

n'arrêta pas à Brockville que traversèrent pourtant les immigrants. Lorsque la campagne du choléra de 1854 prit fin, vers la

mi-septembre, le bilan de ses victimes était de 803 pour la région de Québec et de 3,846 pour le Canada.

Ces statistiques, on le soupçonne naturellement, doivent être acceptées sous bénéfice d'inventaire. Les chiffres mentionnés ne

peuvent être qu'approximatifs, car si toute statistique est affaire délicate, à plus forte raison celle qu'on recueille en temps d'épidémie.

Une preuve, entre autres, c'est que pas une des trois brochures que nous avons sous les yeux ne concorde sur ce point.

Les fonctionnaires publics dont l'imprévoyance avait en quelque sorte donné carte blanche au choléra ne furent ni fusillés ni

même destitués. On peut du moins se féliciter du fait qu'ils attendent encore leur monument. Le choléra, on le conçoit, leur témoigna

sa reconnaissance en les ignorant pendant son séjour à Québec.

.................................

 

 

 

LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES                 VOL. XXX N.-D. DE LEVIS - AVRIL 1924 No. 4

 

LES SOURCES IMPRIMÉES DE L'HISTOIRE DU CANADA-FRANÇAIS

...........

L'impérialisme, par Philippe Landry (Vol. de 1902, p. 184).

.....................

 

LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES VOL. XXXI N.-D. DE LEVIS - FEVRIER 1925 No. 2

 

OUVRAGES PUBLIES PAR FEU L'HONORABLE SENATEUR PHILIPPE LANDRY

Boissons alcooliques et leurs falsifications Ste-Anne de la Pocatière, typographie de F.-H. Proulx, imprimeur-libraire - 1867. 33

pp. in-8.

Où est la disgrâce ? Réponse à une condamnation politique. Québec - 1876. 55 pp. in-8.

Traité populaire d'agriculture théorique et pratique. Montréal - 1878. 379 pp. in-8.

Cette enquête. Lettres de M. Ph. Landry, député à la Chambre des Communes du Canada, à. M. E. Pacaud;, réducteur de l'

Electeur (Du "Courrier du Canada"). Québec - 1883. 75 pp. in-12.

Les six raisons du Dr Verge contre le Cercle Catholique de Québec réfutées par M. Ph. Landry, député à la Chambre des

Communes (Du "Courrier du Canada") – Québec - 1884. 58 pp. in-12.

Difficulté scolaire du Manitoba par questions et réponses à la portée de tous. Québec, Léger Brousseau, - imprimeur - 1897. 64

pp. in-12 (1).

_____

(1) Anonyme.

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LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES                        VOL. XXXI N.-D. DE LEVIS - SEPTEMBRE 1925 No. 9

 

LES SOURCES IMPRIMÉES DE L'HISTOIRE DU CANADA-FRANÇAIS

 

........

Armand Landry, premier député acadien au Nouveau-Brunswick, par Placide Gaudet (novembre 1923).

..........

 

L'hon. juge Pierre-A. Landry (19 décembre 1878).

LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES      VOL. XXXII LEVIS - FEVRIER 1926 No. 2

LES DISPARUS

L'honorable Charles Cormier - Né à Saint-Grégoire de Nicolet le 22 juin 1813, du mariage de Pierre Cormier et de

Marie-Elisabeth Landry. Le jeune Cormier s'enrôla en 1837 dans les "Fils de la Liberté" et fut assez heureux d'échapper à la prison.

Un peu après 1850, il s'établit comme marchand à Somerset. En 1855, il était élu premier maire de Plessisville. En 1862, M. Cormier

était élu conseiller législatif de la division de Kennebec, puis, en 1867, il était nommé sénateur pour la même division. L'honorable M.

Cormier décéda à Somerset le 7 mai 1887.

 

 

LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES            VOL. XXXII LEVIS - MARS 1926 No. 3

 

OUVRAGES PUBLIES PAR FEU L'HONORABLE SENATEUR PHILIPPE LANDRY

Boissons alcooliques et leurs falsifications, Ste-Anne de la Pocatière, typographie de F.-H. Proulx, imprimeur-libraire – 1867 - 33

pp. in-8.

Où est la disgrâce ? Réponse à une condamnation politique. Québec, de l'imprimerie du Canadien, 40, rue Ste-Famille - 1876. 55

pp. in-8.

Traité populaire d'agriculture théorique et pratique. Montréal, Cie d'imp. Canadienne, 222, rue Notre-Dame - 1878. V - 319 pp.

in-8.

La question constitutionnelle de Québec. Discours prononcé par M. Landry, député de Montmagny, dans la Chambre des

Communes, le 13 mars 1879. 23 pp. in-8.

L'Italie, ses beautés et ses souvenirs. Conférence donnée le 3 novembre 1880, au Cercle Catholique de Québec. 24 pp. in-8.

Le budget. Discours. Ottawa, 17 mars 1882. Débats des Communes. 10 pp. in-8.

Cette enquête. Lettres de M. Ph. Landry, député à la Chambre des Communes du Canada, à M. E. Pacaud, rédacteur de l'Électeur

(Du Courrier du Canada), Québec - 1883. 75 pp. in-12.

Les six raisons du Dr Verge contre le Cercle Catholique de Québec réfutées par M. Ph. Landry, député à la Chambre des

Communes (Du Courrier du Canada"). Québec - 1884. 58 pp. in-12.

A Son Eminence Jean, cardinal Siméoni, préfet, et aux autres Eminentissimes cardinaux, membres de la Sacrée Congrégation de

la Propagande. 25 février 1885 (1) 5 pp.

Traité populaire d'agriculture théorique et pratique. Ouvrage couronné. 2e édition. Montréal, Beauchemin & Valois, lib-imp.,

256 et 258, rue St-Paul - 1886. 445 pp.

Adresse. Discours de M, Landry. Ottawa. 29 février 1892. 5 pp.

Observations sur la nomination d'un délégué apostolique au Canada. Rome, Imprimerie Forzani, etc. - 1897. 35 pp.

Difficulté scolaire du Manitoba par questions et réponses à la portée de tous. Québec, Léger Brousseau, imprimeur - 1897. 64

pp. in-12 (2).

Les finances du Canada de 1867 à 1899. (1900). 14 pp.

Votes du huitième parlement compilés par Ph. Landry, sénateur. 1896-1900 20 pp.

Speech and debate on the Manitoba School Question. Ottawa, Tuesday, June 12, 1900 8 pp.

Votes du 9e Parlement, 1900-1904. 32 pp.

Le Bill d'autonomie des provinces d'Alberta et de Saskatchewan devant les Chambres hautes. Discours prononcé le 12 juillet

1905. Québec, Imprimerie de la Cie de l'Événement, 30, rue de la Fabrique - 1905. 32 pp.

Speech on Province of Alberta Autonomy Bill. Ottawa, July 12, 1905. 18 pp.

Votes du 10e Parlement du Canada compilés par Ph. Landry, sénateur, 1904-1908 64 pp.

Speech on Manitoba Boundaries. Ottawa, Monday. March 25, 1912. 15 pp.

Mémoire sur la question scolaire de l'Ontario (1915). 38 pp.

La question scolaire de l'Ontario : Le désaveu. 1° Requête de l'Episcopat ; 2° Réponse au rapport du ministre de la justice ; 3°

Réponse au mémoire du ministre des postes ; 4° Lettre au premier ministre du Canada. Québec, Imp. Dussault et Proulx - 1916. 34

pp. (3)

_____

(1) Une autre édition est datée du 30 avril 1885.

(2) Anonyme.

(3) La présente liste faite d'après les notes de M. G. Ducharme, bibliophile, de Montréal, corrige celle publiée dans le Bulletin des Recherches

Historiques, vol. XXXI, p. 49. Donne-t-elle toutes les publications du regretté sénateur Landry ? M. Ducharme, lui-même, ne le croit pas.

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LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES           VOL. XXXII LEVIS - OCTOBRE 1926 No. 10

 

LA MISSION DE MM. ADHEMAR ET DELISLE EN ANGLETERRE EN 1783-84

Le Bulletin des Recherches Historiques a publié en 1906 (vol. XII, pp. 325 et 353) plusieurs pièces importantes au sujet de la

mission de MM. Adhémar et Delisle en Angleterre au cours des années 1783 et 1784. Nous donnons ici quelques mémoires et lettres

inédits sur le même sujet. Ces pièces sont conservées à la Bibliothèque Saint-Sulpice, à Montréal.

PETITION DES SUJETS CANADIENS TRANSMETTANT A SIR GUY CARLETON

PAR VOYE DE M. ADHEMAR COPIE D'UNE SUPPLIQUE A SA MAJESTE (1783)

A Son Excellence Sir Guy Carleton, Ecuier, Chevalier du très honorable Ordre du Bain, Lieutenant Général des Armées de Sa

Majesté etc., etc., etc.

Qu'il Plaise à Votre Excellence

Nous les fideles sujets Canadiens de Sa Majesté de tous Etats et conditions, Prenons la Liberté de transferrer à Votre Excellence

par la voye de Mr Adhemar l'un de nos Députés en Angleterre copie d'une humble supplique que nous adressons à sa tres Gracieuse

Majesté rémémorative de celle que nous fimes passer l'année derniere.

Convaincus par expérience du coeur généreux et bienfaisant de Votre Excellence a raison de ses procédés lorsqu'elle gouvernoit

& commandoit en cette Province, et desquels nous conservons toujours le souvenir et la reconnoissance qui en est le moindre tribut,

Bulletin des Recherches Historiques 1895-1968

Nous venons avec une vive confiance implorer de nouveau vos Bienfaits et votre puissante protection auprès de Notre Auguste

Monarque, aux fins de vouloir appuier du poids de votre Recommendation notre susdite supplique.

Votre Excellence verra que nos demandes sont fondées sur le droit naturel et les concessions que nous en a faites notre très

Gracieux Souverain de nous maintenir le libre exercise de Notre Religion et de nos Loix Municipales, Faveurs entre autres qui depuis

nous jusqu'à nos arrières neveux, sera toujours reconnue pour avoir été l'ouvrage de Votre Excellence comme ayant toujours été notre

protecteur et notre avocat auprès du Thrône, dans tous les tems et dans toutes les circonstances.

Nous avons depuis le jour fatal de votre départ, rencontré bien des Entraves en sorte que nous ne jouissons que très

Imparfaitement de ces avantages, Nous en démontrons les causes dans notre Adresse ; vous voudrés bien permettre que notre député

vous informe du reste.

Nous réclamons en sa faveur la protection de Votre Excellence et sur le tout, comme elle a toujours prevenus nos besoins & veillé

à notre bien être ; qu'elle scait aussi bien que nous ce qui nous convient Nous nous reposons entièrement sur ce quelle voudra bien

faire et supplier.

Que le tout Puissant veille à la conservation de vos jours qui nous sont si précieux aussi bien qu'à ceux de Votre Illustre Famille ;

que le Prince vous comble de ses plus rares faveurs. Et tel est l'objet de nos voeux, ayant l'honneur de nous souscrire avec un profond

Respect et la plus vive reconnaissance.

De Votre Excellence

Les très humbles et très

obéissants Serviteurs,

.........................

Antoine chenait           Jean baptiste Morint

In. Bouthillier             Antoine La Mar

A. Dubuc                  Sanguinet

Louis Landry              f. Leguay

Chorette                  Joseh. Plessis

.....................

LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES          VOL. XXXIII LEVIS - AVRIL 1927 No. 4

LES DISPARUS

Le major-général Joseph-Philippe Landry - Né à Saint-Pierre de la Rivière-du-Sud le 25 juin 1870, du mariage de Philippe

Landry, plus tard sénateur du Canada, et de-Marie Couture. Admis à la profession d'avocat, en 1895, il pratiqua d'abord à Montréal en

société avec M. D. MacMaster. M. Landry avait toujours aimé la milice. Dès 1883, il avait commencé à servir dans le 61e Régiment

d'infanterie de Montmagny, sous les ordres de son père. Il en devint commandant en 1901. Six ans plus tard, en 1907, on lui donnait le

commandement de la 11e brigade d'infanterie, puis, en 1910, celui de la 9e brigade. Deux ans plus tard, en 1912, le colonel Landry

était élevé au commandement du district militaire de Québec. En 1914, il partit pour le théâtre de la Grande-Guerre, à la tête de la 5e

brigade d'infanterie. Il rendit de brillants services là-bas et fut créé compagnon de l'Ordre de Saint-Michel et de Saint-Georges (C. M.

G.). Décédé à Québec le 5 juillet 1926. Il avait été promu major-général quelques jours avant sa mort.

 

 

 

 

LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES            VOL. XXXIII LEVIS - JUILLET 1927 No. 7

TROIS ACADIENS, " CONGRÉGANISTES "

" En 1776, dit M. Raphaël Bellemare, quelques Acadiens d'Yamachiche (de la Grande Acadie), oubliant que les habitants des

colonies anglaises de l'Amérique avaient toujours été les pires ennemis de l'Acadie et du Canada français, s'enrôlèrent dans l'armée

américaine, sous Montgomery venu pour prendre Québec et nous entraîner dans le mouvement révolutionnaire contre leur mère patrie,

l'Angleterre.

" Les injustices et les abominables traitements reçus des mains du gouverneur anglais de la Nouvelle-Écosse (Lawrence) avaient

nécessairement laissé dans l'esprit des Acadiens des impressions ineffaçables. Ils redoutaient de nouvelles perfidies de la part des

Anglais du Canada, et voyant arriver une armée puissante pour les chasser d'ici, un certain nombre d'entre eux crurent l'occasion

favorable pour venger leurs griefs. Ils se crurent justifiables d'offrir leur assistance à cette armée ennemie.

Il y a dans les vieux documents du congrès des Etats-Unis quelques pages où figurent les noms de trois cultivateurs de la Grande

Acadie qui avaient servi dans cette armée. La récompense qu'ils reçurent du gouvernement américain ne paraît pas avoir été prompte

ni généreuse.

" Les trois Acadiens dont nous parlons sont nommés dans les rapports en langue anglaise du Congrès, Gregory Strachan, Joseph

Green et Paul Landree. Il faut traduire ces noms par Grégoire Trahan, Joseph Grigne (alias Melançon) et Paul Landry, orthographe

française de ces noms. Ils étaient tous les trois résidants sur des terres de la Grande Acadie d'Yamachiche avant l'arrivée de l'armée

américaine dans le Bas-Canada ".

Dans son ouvrage Les bases de l'histoire d'Yamachiche, M. Raphaël Bellemare donne une traduction des documents qui furent

soumis au Congrès des Etats-Unis par Grégoire Trahan, Joseph Grigne et Paul Landry (pages 169 et seq).

 

UNE JARRET DE VERCHERES

Le septième jour de novembre 1807 à trois heures après midy, par nous soussigné curé de cette paroisse (omis de) Bécancourt, a

été inhumé sous le banc seigneurial en cette Eglise, avec les cérémonies ordinaires, le corps de dame Marie-Charlotte de Verchère,

épouse de Jean-Baptiste Drouet, de Richerville., Seigneur du lieu, laquelle est décédée hier à trois heures après midy après une courte.

maladie, âgée de soixante et douze ans, munie de tous les secours de l'Eglise. Furent présents Bonaventure Levesque, Antoine Labady;

Louis Landry, Antoine Deshays et plusieurs autres paroissiens du lieu, quelques-uns ont signé avec nous de ce requis et les autres ont

déclaré ne le scavoir de ce enquis lecture faite suivant l'ordonnance.

(Signé) Louis Landry

Antoine Labadye

Labady, ptre

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LE BULLETIN DES RECHERCHES HISTORIQUES      VOL. XXXIV LEVIS - OCTOBRE 1928 No. 10

NOMS DES PATRIOTES EMPRISONNÉS A MONTRÉAL PENDANT LA RÉBELLION DE 1837-1838 (1)

..........

J. Landry dit Gaudie

..........

Jean-Bte Landry

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mwl Rendu à page 4012

 

 

 

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Dernière modification : vendredi 06 mai 2011