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Valentin A. Landry (1844-1919)

Sa généalogie.

Instituteur, inspecteur d'écoles et journaliste, Valentin Landry est né le 14 février 1844, à Pokemouche, Nouveau-Brunswick. Il est le fils d'Auguste Landry, fermier et commerçant, et d'Olive Robichaud. Il est le frère de Adélaïde Landry, Soeur Saint-Louis. Le 31 octobre 1870, à Weymouth en Nouvelle-Écosse, il épouse Lavinia Beckwith, institutrice et fille de député provincial néo-écossais. En 1913, Landry épouse en secondes noces Mary U. Beckwith, nièce de sa première femme. Il est mort à Moncton le 17 mai 1919.

Landry commence ses études élémentaires à l'école de son village natal, et les termine à Shédiac, où il déménage avec sa famille à l'âge de 12 ans. Il poursuit ses études à l'École supérieure de Westmorland à Moncton, et à 17 ans en sort avec un brevet du cours commercial. Le jeune homme présente un cheminement professionnel varié dans les années 1860 et au début des années 1870. Suite à une brève expérience d'enseignement dans une école à classe unique, le jeune Valentin part en compagnie de son père et de son frère pour un voyage en mer de quatre mois au printemps de 1862. De retour au Nouveau-Brunswick à l'automne de la même année, il constate que les possibilités d'emploi sont peu reluisantes et il décide de se perfectionner en vue d'une carrière dans l'enseignement. À cette fin, il s'inscrit au nouveau collège Saint-Joseph de Memramcook, en septembre 1865. Deux stages d'enseignement en Nouvelle-Écosse en 1866 et 1867 sont suivis d'un séjour à l'École normale de Truro (N.-E.), où Landry se mérite un brevet d'enseignement de première classe en 1870. Il demeure en Nouvelle-Écosse où il enseigne pendant quelques années dans des écoles unilingues anglaises, puis s'essaie brièvement aux études en médecine, et finalement songe à se présenter lors des élections provinciales.

Landry amorce une nouvelle phase professionnelle lorsqu'il revient au Nouveau-Brunswick en 1875 pour occuper le poste de professeur de français à l'École normale de Fredericton. Landry y fait ses preuves en tant qu'éducateur. En 1879, il est le premier Acadien à être nommé au poste d'inspecteur d'écoles dans la province, pour les comtés de Gloucester, de Kent et une partie de Westmorland. Pendant près de dix ans, Landry travaille auprès des parents et enseignants pour encourager l'établissement des écoles et l'amélioration de l'éducation dans les régions acadiennes. Il se voit cependant obligé de démissionner de ce poste en 1887, peut-être en raison de sa promotion de l'enseignement en français ou encore pour des causes de favoritisme politique.

La perte de son poste d'inspecteur d'écoles ouvre la voie à une nouvelle carrière pour Landry, qui se distingue comme l'un des journalistes acadiens les plus importants du tournant du siècle. Il a amorcé ce virage vers le journalisme en 1885, lorsqu'il a été l'un des fondateurs et le gérant du journal Le Courrier des Provinces Maritimes de Bathurst. En 1887, Landry quitte le Nouveau-Brunswick, et s'installe à nouveau en Nouvelle-Écosse, cette fois-ci à Digby. Landry y fonde la même année le journal hebdomadaire L'Évangéline, dont la devise est: Religion, Langue, Patrie. Rédacteur et unique propriétaire du journal, Landry y consacre toutes ses énergies et en fait un outil précieux de communication des Acadiens des Maritimes. En 1889, Landry déménage le journal et l'atelier à Weymouth, afin de se rapprocher de la population francophone de la baie Sainte-Marie. Il quitte finalement cette ville en 1905 et s'installe à Moncton, une ville où la population acadienne est en croissance. Entre 1889 et 1904, Landry met sur pied et dirige aussi, avec sa femme, un journal de langue anglaise, le Free Press.

En tant que propriétaire et rédacteur d'un journal de langue française, Valentin Landry est l'un des plus importants chefs de file de la Renaissance acadienne. Il participe au congrès organisé par la Société Saint-Jean-Baptiste à Québec en 1880, qui lance le mouvement des conventions acadiennes. Dans le discours qu'il livre lors de la troisième convention nationale des Acadiens à Pointe-de-l'Église en 1890, Landry insiste sur le rôle important de la presse dans l'éducation d'un peuple minoritaire. À ce titre, Landry utilise son journal pour mener des combats en vue de l'avancement des Acadiens. Il soutient les efforts des pères Eudistes pour établir le collège Sainte-Anne à Pointe-de-l'Église dans les années 1890. Il fait aussi des pressions au tournant du siècle pour la nomination d'un premier sénateur acadien néo-écossais. Ses efforts portent frui en 1907, avec la nomination d'Ambroise H. Comeau au Sénat. Landry figure également parmi les chefs acadiens, les Pascal Poirier, Pierre-Amand Landry et Marcel-François Richard, qui font campagne pour la nomination d'un premier évêque acadien. Ses critiques de la hiérarchie religieuse irlandaise des Maritimes lui attirent les foudres des journaux de langue anglaise et même du Moniteur Acadien, de même qu'une réprimande de Rome en 1909. Lorsque la Société l'Assomption cède aux pressions de la hiérarchie catholique pour retirer son appui à l'Évangéline, Landry décide d'abandonner la direction du journal. S'il continue d'écrire après 1910, faisant paraître à l'occasion des articles dans des revues, Landry finit ses jours à Moncton un peu en retrait de la vie active qu'il a si longtemps menée.

Sources: Alphonse-J. Deveau, Valentin Landry (1844-1919): à la barre de l'Évangéline / At the Helm of l'Évangéline (Moncton, Éditions d'Acadie, 1992); Sheila M. Andrew, The Development of Elites in Acadian New Brunswick, 1861-1881 (Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 1996); Ferdinand J. Robidoux (compilateur), Conventions nationales des Acadiens, vol. I (Shédiac, Moniteur acadien, 1907).

 

Source : Guide de l'Acadie, Les Grands hommes de l'Acadie : http://www.acadie.net/guide/homme2.cfm?id=15

Source photo : Université de Moncton, Centre d'études acadiennes, PC1-2.

 

 

 

Biographie provenant du Site du Dictionnaire biographique du Canada en ligne de Bibliothèque et Archives Canada.

LANDRY, VALENTIN (il signait aussi Valentin-A et, plus rarement, Valentin Augustus), instituteur, inspecteur d’écoles et journaliste, né le 14 février 1844 à Pokemouche, Nouveau-Brunswick, fils de Joseph-Auguste Landry, marchand, et d’Olive Robichaud ; le 31 octobre 1870, il épousa à Cornwallis, Nouvelle-Écosse, Mary Lavinia Beckwith (morte en 1910), puis le 13 mars 1913, à Shédiac, Nouveau-Brunswick, la nièce de celle-ci, Mary U. Beckwith ; aucun enfant ne naquit de ces deux mariages ; décédé le 17 mai 1919 à Moncton, Nouveau-Brunswick.

      Le trisaïeul de Valentin Landry, Alexis Landry*, originaire de Grand-Pré, en Nouvelle-Écosse, échappa à la Déportation et fut l’un des fondateurs de Caraquet, au Nouveau-Brunswick. Le jeune Valentin fréquenta l’école de Pokemouche jusqu’en 1856, année où ses parents s’installèrent à Shédiac. Il poursuivit ses études à l’école de ce village, puis il entra à la Westmorland Grammar School, où il reçut son brevet d’études commerciales en 1861, à l’âge de 17 ans. Il se rendit alors en Nouvelle-Écosse pour occuper un poste d’instituteur durant un an à l’école de Belliveaus Cove. Il partit ensuite à l’aventure quelques années, mais, en 1865, il s’inscrivit au collège Saint-Joseph de Memramcook, au Nouveau-Brunswick. Dès l’année suivante, il retourna enseigner en Nouvelle-Écosse dans une école unilingue anglaise de Weymouth. En 1867, il s’installa à Saulnierville puis, en 1868, il entra à l’école normale de Truro, où, après un an d’études, il obtint son brevet d’enseignement de première classe. C’est dans cet établissement qu’il fit la connaissance de la jeune protestante Mary Lavinia Beckwith. Après leur mariage, ils enseignèrent tous les deux à Beaver River, à Weymouth et à Plympton.

      Aux élections provinciales de 1878, Landry se présenta comme candidat libéral dans le comté de Digby, mais se retira avant le scrutin pour accepter un poste à la section préparatoire à l’école normale de Fredericton créée cette année-là à la suggestion du surintendant de l’Éducation du Nouveau-Brunswick, Théodore Harding Rand* (un parent de Mary Lavinia). Son travail consistait à préparer les francophones au programme régulier donné exclusivement en anglais. Landry se retrouvait donc, tout comme son successeur, Alphée Belliveau*, au cœur de toute la problématique d’un système scolaire qui visait l’anglicisation des enseignants acadiens. Nommé inspecteur d’écoles en 1879, il aurait l’occasion d’observer de près toutes les carences de ce système tant sur le plan de la formation des enseignants que sur celui des manuels scolaires. Premier Acadien au Nouveau-Brunswick à occuper un poste d’inspecteur d’écoles, Landry travailla dans les comtés de Gloucester, de Kent et une partie de Westmorland. Ses rapports annuels et ses cahiers manuscrits donnent de précieux renseignements sur les attitudes des enseignants et des élèves, et sur toute la question de la langue d’instruction dans les écoles acadiennes. En 1886, Landry quitta son poste. Les raisons de cette démission forcée ne sont pas claires, mais il semble que le nouveau surintendant, William Crocket, voyait d’un mauvais oeil les prises de position politiques et les activités parascolaires de son inspecteur.

      Il n’y a aucun doute que le poste prestigieux d’inspecteur d’écoles a projeté Landry à l’avant-garde du mouvement nationaliste acadien des dernières décennies du xixe siècle. Son nom figure sur la liste des délégués acadiens à la grande réunion organisée par la Société Saint-Jean-Baptiste à Québec en juin 1880 et il participa à la commission de l’éducation au moment de la première Convention nationale des Acadiens à Memramcook en 1881 [V. François-Xavier Cormier*].

      En 1885, avec Peter John Veniot* et d’autres, Landry contribua à la fondation du Courrier des provinces Maritimes à Bathurst et il en demeura administrateur jusqu’au mois d’août 1887. Après avoir perdu son travail d’inspecteur, il vendit ses actions dans ce journal et s’installa à Digby, en Nouvelle-Écosse, où, avec l’aide financière de sa femme, il acheta une presse et fonda l’hebdomadaire l’Évangéline, dont le premier numéro parut le 23 novembre 1887. Deux ans plus tard, il transféra son entreprise à Weymouth, où il était mieux connu et plus près de sa clientèle acadienne de la baie St Marys. Cette même année, il fonda avec Mary Lavinia un journal anglais, le Free Press, qui paraîtrait jusqu’en 1904.

      À l’occasion de la troisième Convention nationale des Acadiens, qui eut lieu à Church Point en août 1890, Landry expliqua, avec l’éloquence qu’on lui connaissait, pourquoi il avait choisi le nom de l’héroïne de Longfellow pour son journal : « Il fallait un messager qui put se rendre souvent au soin [sein] des familles acadiennes de la Nouvelle-Écosse, leur parler avec l’idôme [l’idiome] de nos pères, et je crus que nul ne serait mieux reçu que la poëtique et historique Evangéline. » Il traita aussi de thèmes qui lui étaient chers : l’éducation, l’hygiène, l’agriculture, la langue, la religion et la presse. Ces sujets domineraient les colonnes de son journal, rejoignant tout à fait la rhétorique et l’idéologie nationalistes de l’époque. Étant donné l’allégeance politique de son fondateur, l’Évangéline défendrait ouvertement le Parti libéral.

      Nullement intimidé par l’autorité, Landry établit de bonne heure sa réputation de journaliste « combatif », « impertinent » et « sarcastique ». Déjà en 1890, il avait prévenu ses lecteurs que « la mission de L’Evangéline [était] de flageller l’erreur là où elle se trouv[ait] ». La même année, le père Pierre-Marie Dagnaud le menaça de poursuite judiciaire s’il ne rétractait pas ses remarques au sujet du collège Sainte-Anne, à Church Point, mais Landry ne revint pas sur son opinion. Comme en témoigne sa volumineuse correspondance, il provoqua par sa plume acerbe la colère de nombreuses personnalités publiques. Plus d’une fois les éditoriaux de Landry firent avancer la cause acadienne, mais ce ne fut pas toujours le cas. Après avoir publié quelques lettres d’Émilie Leblanc*, dite Marichette, Landry annonçait, dans son éditorial du 18 avril 1895, sa décision de « couper les ailes » des femmes qui réclamaient le droit de s’exprimer dans son journal : « Nous sommes contre le suffrage féminin, que cela suffise pour expliquer notre attitude », déclarait-il. Toutefois, il n’imposa pas cette prise de position à sa femme, qui collaborait régulièrement aux journaux anglophones, et il continua de publier les lettres de Marichette jusqu’en 1898.

      En 1905, Landry décida de transférer l’Évangéline au Nouveau-Brunswick, où se trouvaient les deux tiers de sa clientèle, soit 3 000 abonnés. Lui et sa femme s’installèrent donc à Moncton. Il n’abandonna pas pour autant ses compatriotes de la Nouvelle-Écosse : c’est en partie grâce à ses pressions, par exemple, que la Nouvelle-Écosse eut son premier sénateur acadien, Ambroise-Hilaire Comeau, en 1907.

      Landry participa avec véhémence aux débats sur la domination irlandaise au sein de la hiérarchie de l’Église catholique et sur la nomination d’un évêque acadien. Ses attaques virulentes contre le clergé irlandais et les autorités religieuses lui valurent des réprimandes sévères de la part du représentant du pape, Mgr Donato Sbarretti y Tazza, dès 1909. L’année suivante, celui-ci écrivit aux membres de la Société l’Assomption [V. Rémi Benoît] de la région de Moncton et leur demanda de ne donner « ni encouragement ni aide à L’Évangéline, car cette feuille n’[était] pas animée d’un véritable esprit catholique ». Dans l’intérêt de la survie de son journal, Landry se vit obligé de céder, peut-être pour la première fois de sa vie. En juin 1910, il transféra la propriété de son journal à une compagnie dont le docteur F.-A. Richard était le président ; J.-O. Gallant devint alors le rédacteur de l’Évangéline. Landry ne fut pas pour autant réduit au silence, puisqu’il continua à jouer un rôle actif au sein de la Société nationale de l’Assomption, à laquelle il était associé depuis longtemps. De plus, il fut rapporteur de la commission de la presse à la sixième Convention nationale des Acadiens à Tignish, à l’Île-du-Prince-Édouard, en août 1913.

      Valentin Landry s’éteignit à l’âge de 75 ans, mais l’Évangéline, le journal qu’il avait créé, survivrait jusqu’en 1982. Travaillant à une époque où les journalistes n’étaient pas muselés par les lois de diffamation et où le patriotisme exigeait le recours à l’hyperbole, Landry fut à la fois l’écho et le critique de ses compatriotes. Son discours public contredit parfois les réalités de sa vie personnelle, mais sa franchise publique étonnante démolit le mythe selon lequel le peuple acadien de l’époque n’osait pas tenir tête aux autorités.

Sally Ross

Centre d’études acadiennes, univ. de Moncton, N.-B., Fonds Valentin Landry.— L’Évangéline (Digby, N.-É. ; Weymouth Bridge, N.-É. ; Moncton, N.-B.), 1887–1910 (on peut consulter un index sur microfiches pour la période de 1887 à 1955 au Centre d’études acadiennes), 14 nov. 1974 (section spéciale commémorant le 25e anniversaire de parution comme quotidien).— Le Moniteur acadien, 10 avril 1913.— Gérard Beaulieu, « les Médias en Acadie », l’Acadie des Maritimes : études thématiques des débuts à nos jours, sous la direction de Jean Daigle (Moncton, 1993), 505–542.— Laurentine Chiasson, « Valentin Landry (1844–1919), patriote de la renaissance acadienne » (mémoire de m.a., univ. de Moncton, 1974).— Conventions Acadiens, Recueil des travaux et délibérations des six premières conventions, F.-J. Robidoux, compil. (Shédiac, N.-B., 1907).— Éloi DeGrâce, « l’Evangéline à ses débuts – étude de contenu », Soc. Hist. Nicolas-Denys, la Rev. d’hist. (Caraquet, N.-B.), 1 (1971–1972) : 94–106.— J.-A. Deveau, Clare, ou la ville française (3 vol., [Yarmouth, N.-É., 1983]–1988), 3 (les Personnes éminentes).— Pierre Gérin et P.-M. Gérin, Marichette : lettres acadiennes, 1895–1898 (Sherbrooke, Québec, 1982).— Léon Thériault, « l’Acadie de 1763 à 1900, synthèse historique », l’Acadie des Maritimes, 45–91.

 

 

 

 

 

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Dernière modification : jeudi 17 mars 2011